Sans conteste un des films qui m’a le plus plu cette année. Tout dedans me fait dire qu’il s’agit là du film ultime, celui qu’on rêve secrètement de réaliser, sans le pouvoir car quiconque n’a pas le génie de Wim Wenders. En parlant de génie, il y a d’abord cette photographie exceptionnelle, tenue pendant près de 2h30. Chaque plan, chaque séquence est un poster qu’on voudrait accrocher dans son salon. Au risque d’en faire parfois un peu trop, s’aventurant sûrement dans d’esthétisme, on pourrait se lasser. Rattrapé par la beauté de la lumière, des costumes, des acteurs et actrices, on choisit évidemment de rester. J’ai laissé parfois les paupières s’abaisser, l’ennui poindre. J’étais finalement bienheureux de flâner à l’arrière de cette Ford Ranchero et ces paysages qui semblaient le demandaient.


Il y a ensuite des acteurs splendides. Quasiment mutiques tout du long. Le peu de dialogue les rend d’autant plus majestueux, d’autant plus justes, comme lors de de la scène du peep show, échange somptueux, tout en expressions faciales, en phrases brèves et en silence, d’un Travis pudique et honteux, affalé sur un fauteuil retourné, à une Jane dont la douleur de l’abandon de son enfant nous surgit soudain si fort.


Il y a un propos d’une finesse infinie. Sur la solitude, sur la paternité, sur l’incapacité à bien s’aimer, sur ce qu’on appellerait aujourd’hui la toxicité. Tant de choses sont dites avec une précision et une économie de mots précieuse.


Il y a les décors de ces États-Unis que j’ai rarement vu aussi bien filmés - paradoxalement par un Allemand. Les longues étendues du Texas, ce ciel si bas, les plaines arides, les bretelles routières des grandes highways et les échangeurs qui s’entremêlent à n’en plus voir fin, les spots publicitaires, les gratte-ciel de Houston, symboles d’une Amérique qui progresse économiquement à mesure qu’elle déconstruit socialement ce qu’elle fantasme et s’acharne à retranscrire au monde : la structure familiale traditionnelle.


Rabibloom
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le 1 sept. 2025

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