Aujourd’hui, Paris vu par... (France, 1965) se dégage de pléthoriques films collectifs de l’époque parce qu’il constitue, plus qu’aucun autre, un document fidèle sur l’histoire du cinéma français du milieu des années 60. Œuvre des grands cinéastes français de l’époque, Paris vu par... compile, dans l’ordre, des courts-métrages de Jean Douchet, Jean Rouch, Eric Rohmer, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard. Chacun affilié à un quartier fameux de la capitale, Paris se dévoile sous différents regards, lève sa jupe et se défait de son pittoresque pour révéler, pêle-mêle, le dandysme d’une jeunesse de « mirliflors », la banalité dramatique d’un couple (Rouch signe avec Gare du Nord, le meilleur film de la flopée), la cocasserie décomplexée d’un jeune client de prostituée, la peur - toute hitchcockienne - d’un bourgeois d’être l’auteur d’un meurtre involontaire, la fourberie sadique du fils d’une famille bourgeoise déliquescente et l’historiette morale d’une femme qui aime deux hommes en même temps. Toutes œuvres de fiction empruntes du cinéma direct (sauf, peut-être, celle de Pollet), les courts-métrages voient Paris sous un angle singulier, par le truchement de la fiction. Seuls les courts-métrages de Godard, présenté comme un action film, filmé par l’illustre Albert Maysles de la « Drew Associates », et de Rouch privilégient sur l’histoire la forme, les images et les sons qui la traduit. Un cinéma par l’imaginaire plutôt que par l’intrigue.
Ce qui fait que La Muette de Chabrol ou Saint Germain des Près de Rohmer importent moins que Rue Saint-Denis de Pollet c’est qu’il s’y trame moins un jeu de cinéma qu’une intrigue de vaudeville. Bien que constitué d’œuvres singulières, si Paris vu par... équivaut à un des meilleurs films collectifs qui m’ait été donné de voir, c’est bien parce que devers la multiplicité de ses regards, le film résiste grâce à une forte homogénéité.