Premier film étrange que ce Party Girl, regard à la fois tendre et critique d’un fils sur une mère hors norme, furieusement indépendante et égocentrique. Samuel Theis et ses deux co-réalisatrices naviguent entre fiction et documentaire pour dresser un portait certainement impudique mais courageux d’Angélique, qui joue son propre rôle, conférant au film une ambiguïté qui aurait pu virer au voyeurisme. Mais leur mise en scène à la fois naturaliste et travaillée (la BO est de très bon goût) évite l’écueil en proposant en fond la peinture d’une région populaire qu’on voit plus souvent dans les émissions de télévision vérité qu’au cinéma.
Theis la filme avec le recul que son exil parisien autorise. Son apparition à l’écran marque une claire démarcation avec le reste de sa famille, lui le citadin, le parisien. C’est sans doute la limite du film. Le projet n’est possible que parce qu’il s’est éloigné des siens et de ses origines populaires depuis suffisamment longtemps pour l’envisager avec distance et porter sur sa mère une regard bienveillant, presque paternel, sans pour autant gommer ses aspérités et ses mauvais côtés. Le portait, entre misère (affective, matérielle), et soif de vivre, est inégal mais vise clairement l’empathie, et on devine une sincère affection du fils envers sa mère, mêlée d’une sorte d’incompréhension et de détachement. Angélique prend toute la place, son besoin permanent de liberté biaise toutes ses décisions, la prive de toute lucidité. Même si elle souhaiterait bien faire les choses, elle en est incapable, n’ayant jamais appris à réellement penser à autre chose qu’à son bon plaisir. Party Girl ne la condamne pas, met au contraire en avant sa bonne volonté, mais révèle surtout une immaturité flagrante, comme lorsqu’elle confie à son fils son rêve de l’accompagner à Paris.
Party Girl n’échappe pas à des moments mièvres à la limite de la condescendance, mais offres des scènes empruntes d’une vrai sincérité et d’une émotion authentique
Atypique, mélange bancal de réel et de fiction, Party Girl porte en lui une originalité qui lui est propre, avec ses fulgurances et ses maladresses. Mais s’avère profondément touchant.