Acteur passionnant dans ses choix, grand admirateur de John Cassavetes, franc-tireur et touche-à-tout du Septième Art Jean-François Stévenin accouche à la fin des années 70 d'un premier long métrage parfaitement singulier, comme hors des sentiers battus : Le passe-montagne, poème jurassien et vraie gueule d'atmosphère réunissant le cinéaste et le lunaire Jacques Villeret pour le récit d'une rencontre à la fois salutaire et inattendue.
Aucun code, aucune grammaire, aucune idée reçue ne préparent au passe-montagne : le film trace tranquillement mais sûrement son étrange trajectoire, improbable mélange de road-movie crépusculaire et de huis-clos fantastique. En permanence le film semble ( se ) chercher, questionner le réel et les évidences, pariant audacieusement sur la pénombre et la sous-exposition, la texture granuleuse et les tronches creusées par les saillies et les lumières blafardes. Il y a Stévenin forcément, puissant et d'un charme sorcier à décorner les boeufs, extraordinaire en garagiste avenant et terrien jusqu'à l'os ; Villeret quant à lui promène sa bonhomie chagrine jusqu'à réaliser qu'une rencontre - même inopinée - peut aboutir à un miracle...
Rien n'est expliqué, tout se livre sous la forme d'aspérités et d'impressions, parfois au gré d'un cadrage sculptural, parfois entre le chevauchement de deux plans, parfois encore au son du thème sardien de Barocco surgissant d'une source invisible... On retient énormément de cette oeuvre incomparable à toute autre, une humeur évoquant les aventures beat de Jack Kerouac mais aussi les prémices des chefs d'oeuvre expérimentaux de Philippe Grandrieux ( Sombre ). Un film atypique, prodigue et terriblement excitant : à voir absolument !