Sorti en 2008 et réalisé par Ryusuke Hamaguchi, Passion est un film de jeunesse (projet de fin d'études) et un brouillon des films à venir. C'est manifestement un film dont le tournage a été très rapide et avec très peu de moyens. La mise en scène est hésitante, avec une photographie peu travaillée et un scénario qui semble parfois être improvisé. Le film est également très bavard, entre intime et marivaudage. Il s'apparente davantage à une pièce de théâtre séquencée et n'échappe pas à un certain ennuie ... c'est long comme un jour sans pain, quoi ! Mais l'intérêt du film est ailleurs, il questionne le spectateur sur son couple. On peut se retrouver dans chacun des personnages qui ont tous la trentaine et peu d'expérience dans la vie de couple. C'est intéressant, mais ça manque d'émotion ... trop froid, trop cynique, voire même cruel.
Une bande de cinq amis, trois hommes et deux femmes, se retrouvent pour un dîner d'anniversaire en l'honneur de Kaho (Aoba Kawai) qui est en couple avec Tomoya (Ryuta Okamoto). Tous deux profitent de l'occasion pour annoncer leur futur mariage, ce qui sème le trouble au sein du groupe d'amis, au point de provoquer la colère de Kenichiro (Nao Okabe) qui aime secrètement Kaho. Tomoya et Kaho froment un couple atypique, elle enseignante gracieuse et sensible, lui beau gosse frimeur et oisif. Kenichiro est le timide de la bande. Quant à Takeshi, il est marié et bientôt papa. Tandis que la soirée prend fin, Kaho qui est raisonnable, rentre chez elle. Tomoya, Kenichiro et Takeshi qui eux sont moins raisonnables, finiront la soirée chez Takako (Fusako Urabe), une fille libre et indépendante qui n'a pas froid aux yeux ... une fille facile quoi ! Et c'est là que tout va déraper …
Passion ressemble aux films de la Nouvelle Vague et nulle doute que le réalisateur oscarisé Ryusuke Hamaguchi (Drive my Car) est un grand fan de Barbet Schroeder, Éric Rohmer et Jean-Luc Godard. Avec Passion, il explore les sentiments amoureux et la dépendance affective de ses protagonistes. Et si le film dispose de nombreuses qualités (propos défendu intéressant, dialogues percutants et acteurs bien dirigés), il n'est pas dénué de défauts, que ce soit sur le fond ou sur la forme. Sur la forme, c'est très urbain, très austère, la photographie et le son du film fait très amateur. Sur le fond, c'est un film profondément nihiliste et du coup on a du mal à s'attacher aux personnages, à la seule exception de Kaho, gracieuse et délicate, qui est bien la seule à sauver dans ce cynisme ambiant.