Sur le papier, Pater peut faire peur. Très peur. Vincent Lindon et Alain Cavalier se filment, discutant de tout et de rien, s'inventant Président et Premier Ministre ; ça c'est le genre de synopsis qui me fait flipper, qui me dit qu'une expérience traumatisante, une odyssée de l'ennui m'attend.

Et si les premières scènes, qui consistent surtout à filmer Lindon à faire la cuisine, me confirment dans mon angoisse, le reste du film est une bonne petite baffe dans ma grosse tête de conformiste. J'avoue que simplement voir les deux protagonistes s'amuser à mêler fiction et réalité, sans aucune visée, par pur divertissement personnel, bon, soyons bref, ça m'aurait rapidement cassé les couilles. Mais le message politique, la petite critique de la société –surtout amenée par Lindon- rajoute un but au film ; et si l'art n'a pas de forme, comme ici, il faut tout de même qu'il ait un but. Que Cavalier ait voulu simplement s'amuser ou faire un peu réfléchir en dépassant les codes habituels, il soulève des sujets très intéressants. Que je détaillerai pô. Non mais.

A chaque scène, l'intérêt premier est de deviner qui joue qui, le politique ou l'acteur, l'ami ou le collègue, l'imposteur ou le militant ; mais ce jeu n'est pas une science exact parce que, comme toujours, les cases que l'on essaie de dessiner s'avèrent toujours trop petites et finissent par se toucher, se mélanger. Cavalier l'assume parfaitement et, coup de chance ou de génie, ces screw-ups sont les meilleurs moments du film.

Pater est une œuvre tout à fait distrayante, de par son choix de mise en scène, mais aussi profonde et digne d'intérêt, malgré son caractère « privé ». Cavalier fait dire à un de ses personnages, ou peut-être est-ce un de ses acteurs qui prend cette liberté, que dès qu'il y a limite, dans n'importe quel domaine, sport, argent, etc... on cherche à la dépasser. Le septième art est un domaine comme un autre, pas plus ou moins noble, et ce film repousse plus loin les limites de qualité qu'on est en droit d'attendre en allant au cinéma.
lucasstagnette
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le 1 juil. 2011

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Lucas Stagnette

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