Hey Mech, t’as pas un gimmick Mech?

De Mamoru Oshii, je n’ai vu que Ghost in the Shell et sa suite. J’ai bien conscience de sa réputation, suis au fait de certains morceaux de son corpus, et ne m’explique ainsi pas ne pas m’y être attelé plus tôt. Il aura fallu la pichenette d’un certain membre de ce site pour qu’enfin je m’y mette.


L’exposition est rapide, verbeuse, et tout l’univers est ainsi dépeint en cinq minutes chrono. Il ne vaut mieux pas cligner des yeux. Une façon de faire qui n’est pas sans rappeler Ghost in the Shell. Faute d’autres références, c’est inévitable, la comparaison entre Patlabor et l'œuvre phare d’Oshii va devoir me servir de fil rouge tout au long de ce texte.


Car déjà ici, le film se ponctue d’intermèdes musicaux qui présentent la ville et la place des personnages au sein de celle-ci, sorte de parenthèses fascinantes où se suspend le temps pour mieux imprégner le spectateur de cet univers. Un parallèle d’autant plus évident par la présence de Kenji Kawai à la composition, qui ne perd pas une minute (littéralement, c’est dès la première scène) pour envoyer une partition dantesque accompagnant une scène d’action sylvestre qui ne l’est pas moins.


Déjà ici on aborde la thématique de l’opposition entre la mécanique et l’informatique (avec ce dialogue de la vieille génération, dépassée par les avancés technologiques.), le hardware contre le software, le corporel contre le spirituel. Si l’on ne prend pas ici le virage existentialiste du Major Kusanagi, on aborde la normalisation et la diffusion de masse d’une technologie que personne ne maîtrise vraiment, mais que l’on adopte par aisance, sans régulation ni garde-fou, pour peu que la spéculation financière aille bon train. Tout ressemblance à des faits actuels est totalement fortuite, artificielle.


Là où Ghost in the Shell questionnera sur la nature de la vie (quand bien même est-ce un sifflet pour chien qui rend fou les machines, dans une ironie naturaliste mordante), Patlabor sonne comme un avertissement sur la mainmise d’une poignée de scientifiques, débridée par l’irresponsabilité de nos instances dirigeantes, sur l’avenir de nos sociétés. Il n’est ainsi pas anodin que soient balancées à tire-larigot tout un tas de références bibliques, allant de Noa et l’Ark, à Babel, Jehovah et autres Project Babylon. Tout renvoie à l’hubris humain, à même de causer sa propre perte.

Mais au-delà de ses thématiques, le film dépareille de son benjamin par sa tonalité, bien plus légère, se mâtinant d’une simili-romance et d’un humour totalement absents du chef d'œuvre cyberpunk de 1995. Les traits du dessin sont également moins acérés, l’ambiance plus chaude. Et pourtant, quand ça défouraille, ça défouraille bien. C'est ainsi deux gros morceaux d'actions qui encadrent le reste du récit, par ailleurs plutôt calme, investigatif.


Et bien que Patlabor n’ait pas eu sur moi un effet hypnotique similaire à celui de son successeur, sans doute partiellement de par ma réticence esthétique à tout ce qui touche aux méchas, je ne peux m’empêcher d’y voir les prémices de la claque à venir, l’esquisse matricielle d’un monument en devenir. Il me tarde de voir le second film, de notoriété meilleure encore.

Merci Liehd pour l’insistance!


Créée

il y a 4 jours

Critique lue 5 fois

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