La pièce de théâtre éponyme de Victorien Sardou est un drame historique qui relate un épisode de la résistance flamande à l'époque des Pays-Bas espagnols. Le film de Louis Daquin est tourné en 1946 et l'analogie avec l'Occupation récente est flagrante autant que volontaire. Je ne sais pas si le film est fidèle à la pièce; en tout cas, ici, l'occupant espagnol est féroce... et la résistance flamande unanime.
Le film a la bonne idée d'être sans emphase , ni patriotique ni sentimentale. Car le sujet se double d'une intrigue amoureuse en forme d'adultère qui est faite pour invoquer l'idée de sacrifice personnel -ou pas- à la cause de la patrie. C'est concis, c'est dépouillé et on retrouve cette sobriété dans l'interprétation des comédiens, tous dans la mesure...y compris Pierre Blanchar. En fomenteur de révolte et mari trompé, Blanchar est grave sans pathos; Maria Mauban, l'épouse, est déterminée, sans les pleurnicheries souvent associées aux rôles de femmes aimantes.
Somme toute, le film se détourne vite de sa référence à l'Occupation pour se consacrer au thème plus général et universel du combat pour la liberté. On verra, non sans une certaine surprise, comment le film stigmatise l'église catholique à travers le personnage d'un ecclésiastique au jésuitisme onctueux (Louis Seigner), complice ou instigateur des crimes de l'occupant.
On trouve au long du film quelques faiblesses dramatiques mais également des textes pertinents.