Je n’avais jamais vu le Japon dépeint de cette manière. Il s’agit ici du regard d’un européen essayant d’épouser celui d’un japonais. Wim Wenders reste pertinent car il ne délivre aucun jugement sur cette société qui nous apparaît pourtant très cruelle envers son personnage principal. Ce qui aurait pu être un film extrêmement dramatique devient plutôt de la poésie sous le regard de ce dernier.
Dans cette société japonaise insensible où chaque personne tient une place précise, il semble que celle de ce nettoyeur de toilettes ne soit pas évidente. L’acteur Koji Yakusho sait parfaitement s’effacer pour ne faire qu’un avec la ville. Nous le suivons dans sa routine parfois troublée. Sa patience et sa résilience font de lui un homme remarquable mais son mutisme laissera apparaître une certaine fragilité. Filmer le quotidien de cet homme, c’est filmer le quotidien d’une majorité souvent peu représentée.
La mise en scène explore la solitude de ce personnage. Les petites joies et les grands malheurs sont filmés de la même manière. Mais la véritable substance poétique du film se trouve dans les rêves du personnage inspiré des films surréalistes de Germaine Dulac et Man Ray.
Le peu de dialogues laisse le temps au spectateur de méditer sur certaines réflexions assez profondes :“Le monde est fait de nombreux mondes, certains sont connectés et d’autres non” ou bien au contraire très naïves :“Est-ce que deux ombres qui s’enchassent sont plus sombres ?”.
Le regard européen ne se ressent peut-être que dans la nostalgie du personnage pour un ancien monde. Sa passion pour photographier les arbres avec son Olympus argentique et son écoute quasiment religieuse de musique populaire des années 60-70 laisseront place à des petits moments de grâce…