Le film raconte le quotidien de Hirayama, quinquagénaire, qui nettoie des toilettes publiques à Tokyo. On le suit dans ses menues actions répétées jour après jour avec la même minutie, de son réveil au son du balais sur le trottoir d’en face, à sa lecture de Faulkner. Le tout est scandé par ses pauses poétiques face au reflet des feuilles créé par le soleil.
Loin de dépeindre une routine morose, le réalisateur nous montre comment Hirayama, en jouant chaque acte comme s’il était un commencement et en lui donnant une dimension quasiment sacrée, convertit la routine en un rite. Si le personnage s’épanouit dans l’écoulement régulier de ses journées, c’est qu'il perçoit bien que la beauté surgit dans la variation.
Et, le film parvient à maintenir une grande justesse car il ne glisse jamais dans l’emphase ou dans un emballement dramatique. Les moments de rêveries de Hirayama devant le chatoiement des feuilles ne sont jamais désarticulés de son temps et de son lieu de travail. Le drame, au sens d’une action qui surplomberait le personnage, est aussi sans cesse désamorcé. Si la vue de sa sœur donne lieu à quelques larmes, elle ne rompt par le rite du lendemain matin lors duquel son premier regard est toujours dirigé vers les arbres, le bruissement des feuillages, leurs jeux d’ombres.
Enfin, on peut simplement se réjouir des cassettes choisies par Hirayama qui créent une bande sonore égayant la traversée du périph de Tokyo : de Perfect days de Lou Reed, aux sons de Velvet Underground, Otis Redding ou Nina Simone.