Wim Wenders est un cinéaste étonnant. Je ne le connais qu'à travers quelques films ou documentaires dont certains ont été, pour moi, de grands moments de cinéma ("Paris, Texas"), de profonds moments plus introspectifs ("les ailes du désir") ou encore, de surprenants moments ("Buena Vista Social Club" dont je m'étonne encore d'avoir apprécié)
C'est aussi une sorte de globe-trotter du cinéma qui passe de l'Allemagne aux USA puis à Cuba et là, au Japon.
Les films que je connais de Wenders ont toujours un côté esthétique que ce soit par l'image ou la musique. Mais chez Wenders, l'esthétique est au service du film et des personnages et non le contraire. Et "Perfect Days" ne déroge pas à cette règle.
En effet, Wenders met en scène dans "Perfect Days" un personnage Hirayama dont la fonction est d'entretenir et de maintenir propres les toilettes publiques de la ville de Tokyo. Mieux, il met en scène un travail absolument routinier d'un homme qui fait, à première vue, toujours les mêmes gestes. Encore mieux, Wenders se paie même le luxe de faire répéter les même journées trois ou quatre fois dans le film. Et pourtant, on ne s'ennuie pas une seconde à voir ce travail routinier car le jeu de l'acteur, Koji Yakusho, pourtant taiseux, apparemment indifférent, fourmille de détails infimes que le spectateur prend un plaisir infini à repérer puis à attendre. Le rayon de soleil que Hirayama observe systématiquement en sortant de chez lui chaque matin, le morceau de musique qu'il met sur l'autoradio de son véhicule dès lors qu'il a franchi le premier carrefour, les jeux d'ombres du soleil à travers les branches des arbres du parc, le livre qu'il lit tous les soirs avant de s'endormir, … La routine va jusqu'au jeu de morpion entre Hirayama et un anonyme sur un bout de papier planqué derrière un miroir ! Et ça marche car Wenders nous livre tout simplement le spectacle du bonheur dans la vie ordinaire.
Même l'irruption de la nièce Niko ne met pas à mal cette routine. Au contraire, l'idée est astucieuse de faire intervenir un élément de la famille de Hirayama. D'abord, ça donne de la consistance au personnage. Il n'est pas un OVNI mais est bien ancré dans une réalité avec ses aléas. Hirayama a bien une histoire que Wenders va nous laisser juste entrevoir. Et la confrontation silencieuse d'Hirayama et de sa sœur, venue récupérer sa fille, révèle l'incommunicabilité qu'il peut y avoir entre proches. Hirayama "voit" à travers sa sœur quelque chose à laquelle il a échappé et sa sœur "voit" à travers Hirayama, quelqu'un d'incompréhensible, qu'il faut d'abord plaindre.
Alors que Hirayama est simplement heureux et montre une grande bienveillance avec autrui et en particulier les jeunes. Ces mêmes jeunes, qu'on imagine bien branchés, reluquent avec envie les mini-cassettes d'antan (qui valent une fortune) et même les livres.
Il faut dire que le petit père Wenders me plait bien en introduisant le film avec "The House of the rising sun" des Animals qu'une barmaid reprendra dans une version japonaise au milieu du film. Sans oublier Lou Reed et le Velvet Underground, les Kinks, Van Morrison, bref toute ma jeunesse.
Et surtout Hirayama commence une énième journée, après avoir souri une nouvelle fois au rayon de soleil toujours présent, avec le merveilleux "Feelin' Good" de Nina Simone !!!
Franchement, que demander de plus !!