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Si j'avais hâte de retrouver Assayas, c'est que Sils Maria m'avait fait découvrir sa sensibilité pour la description des psychologies, entremêlant les scénarios, les destins, observant avec attention les états d'âmes, se frayant un chemin dans le contemporain.


iPhone à la main, c'est dans un Paris peu humanisé qu'évolue Maureen (une Kristen Stewart au jeu inégal) surtout sur son scooter, quelques fois à pieds, entre l'appartement de Kyra, la personnalité overbookée pour qui elle est "personal shopper" et les shows rooms dans lesquels elle choisit des robes qu'elle envie facilement. Livrée à elle même, elle ne semble jamais savoir où aller pour trouver un signe de son frère jumeau, mort il y a quelques temps et que le souvenir hante.


Et dans cette quête, elle semble s'oublier, toute sa vie tournée vers ce qui lui est extérieur : son petit ami informaticien au Proche Orient qu'elle contacte fréquemment par Skype, son job, qu'elle déteste et qui l'oblige à se projeter dans le corps et les goûts d'une autre.
Seule dans la ville, même si elle frôle des corps, dans le métro, dans la rue, elle reste anonyme au monde.


Et c'est Assayas qui semble donner de l'attention à un personnage qui l'attendrit, qui le fascine. Comme dans Sils Maria, c'est au personnage d'assistant, intellectuellement tiraillé entre deux destins, le sien et celui d'une célébrité placée sous les yeux du monde, qu'il donne de l'attention. Il laisse le corps de Maureen se dévoiler, s'admirer, comme pour lui signifier que même si elle ne se fait pas confiance, d'autres le feront pour elle. Même dans l'anonymat, elle marque pourtant l'environnement dans lequel elle vit, laissant des gobelets de café pleins, une bouteille de bière à peine entamée dans des lieux de passage, comme pour dire qu'elle veut rester ici tout en étant loin d’elle, dans sa tête.
Et lorsqu'un inconnu s'adresse à elle par SMS, lui rappelant qu'elle n'est pas si anonyme et qu'on peut désirer sa présence, ses moindres faits et gestes, Maureen se retrouve face à ce qu'elle pense être son frère ou ce qu'elle semble redouter de l'inconnu. Et c'est dans ce dialogue avec lui que Maureen se désire à nouveau, prend conscience de son corps, d'elle même.


Là où le film devient intéressant, voire passionnant, c'est lorsqu'il accompagne Maureen dans sa quête d'elle même, dans sa capacité à douter, à savoir si ce signe existe devant elle où s'il n'est que pure invention de son esprit. "Lewis, c'est toi ? Ou ce n'est-ce que moi ?" se demande Maureen croyant être débarrassée de sa mission après un ultime signe, une présence se faisant pourtant sentir à des milliers de kilomètres de Paris. Lorsqu'on est seul, comment se persuader de la présence d'un signe si l'on ne se fait pas intimement confiance ?


C'est grâce à la prolifération de l'image, à sa capacité à créer des réalités multiples, connectées dans une société tentaculaire qu'Olivier Assayas installe le décor de son film. Perdant Maureen dans une société où le savoir est partout, à chaque coin de rue, de web, il montre le contemporain comme une boule de noeuds dans laquelle fixer son identité est un défi parfois complexe à relever.

elliebellyellycherry
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le 14 déc. 2016

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