Un Japon rural comme en crise, déliquescent, sert de toile de fond à l’histoire simplissime mais puissante de Petal Dance. Je l’avais dit sur ma critique de Tokyo.sora, son premier film (2002) : Hiroshi Ishikawa est méconnu du grand public, et c’est à se demander pourquoi. Enfin, oui et non, parce qu’il a un style qui l’éloigne foncièrement du grand spectacle, de la mise en scène du pathos à peu de frais, auxquels nous habituent les cinéastes japonais qui trustent les sélections dans les grands festivals de cinéma.
Comme son premier film, ce Petal Dance commence doucement. Tellement que le premier quart d’heure nous fait un peu douter du « bien-fondé » de cette histoire un peu obscure, à l’image des relations qu’entretiennent les personnages, qui semblent à la fois se connaître et s’éviter.
L’économie langagière traverse tout le film. Les phrases sont laconiques, à peine construites. Ce sont plutôt les regards qui importent, les longs silences ouvrant à de larges réflexions. Une réelle profondeur interprétative permise, comme dans Tokyo.sora, par la toute relative complexité du scénario. Un scénario qui se dévoile en fait petit à petit, par flashbacks savamment dosés et par révélations discrètes, quasi suggérées avec une infinie délicatesse. Là encore Ishikawa ne nous dit pas tout : il retient ses personnages de trop parler, nous met sur de fausses pistes à force d’ellipses narratives, intelligemment disposées à travers le récit.
Non, le cinéaste laisse plutôt le ciel, le vent, les mouettes, les rouleaux de l’océan et la neige sur la plage tisser un épais tissu de questionnements, d’hypothèses que le spectateur est libre d’imaginer sur l’histoire qui lie entre elles ces quatre femmes. L’une d’elles a fait une tentative de suicide, une autre semble y accorder beaucoup d’intérêt (au suicide), les deux dernières enfin, amies de la rescapée, s’interrogent sur ce qui a pu motiver cette dernière à passer à l’acte…
Petal Dance pourrait être archétypal jusqu’à la caricature d’un certain cinéma d’auteur japonais contemporain, si seulement il ne possédait pas cette sublime légèreté propre à Ishikawa, décidément magicien des relations féminines, et plus largement des relations humaines. Une magie grandement soutenue par une mise en scène toujours minutieuse et humble ; par un regard sur le Japon d’aujourd’hui tout à fait original et inattendu.
Un grand film japonais, qui ouvre à beaucoup de questionnements sans y apporter toutes les réponses. Tout au mieux des bribes, savamment choisies pour être suffisamment signifiantes et au demeurant laisser le spectateur libre de penser, de réfléchir. Petal Dance est un film faussement minimaliste car d’une réelle profondeur ; total à sa manière, car volontairement incomplet.