Lifshitz s'affaire au sujet de la transidentité en filmant le quotidien d'une famille nombreuse dont une des enfants est une petite fille trans. Comme dans Adolescentes c'est plutôt réussi, la caméra se pose soit pour interroger directement les personnes en face, soit le documentaire se transforme en quasi fiction dans laquelle la frontière entre personne et personnage se brouille, on y joue au foot dehors, on danse, on fait des choses en famille etc, et cette façon de confondre volontairement fiction et documentaire est quelque chose que j'aime bcp, d'autant que Lifshitz est quand même fort pour filmer les gens et les faire exister à l'écran.
J'ai lu beaucoup de critiques sur "l'émotion facile" ou le coté "tire-larme" et je les trouve particulièrement sévères, voire passant à côté de leur sujet. On voit surtout une famille et notamment une mère et une fille en grande souffrance de par la situation vécue, normal donc d'y retrouver des pleurs et des moments intenses en émotion.
En revanche, il est vrai que la réalisation s'attarde sur la question du genre par une approche binaire. En effet, la représentation de la petite fille qu'est Sasha est relativement stéréotypée.
Que l'on ne s'y méprenne pas, Lifshitz n'est pour rien au fait que Sasha veuille adopter des codes très féminins pour se conformer à un genre comme c'est parfois le cas des personnes trans, et à ce titre, il filme une enfant qui est vêtue de rose, de jupes et porte des chaussures à talons, cependant, la caméra se porte plusieurs fois sur ces éléments, parfois en gros plans, chaussures à talons brillantes, noeuds et barrettes dans les cheveux, jupes qui volent, etc, au point de donner une représentation du genre très binaire et finalement assez restreinte.
Évidemment on comprend la démarche: faire passer le message aux profanes et aux récalcitrants ou autres transphobes qu'on est bien face à une petite fille et que tout en atteste, jusque dans les codes les plus genrées qui soient.
Mais on ne peut s'empêcher de ressentir une petite pointe d'agacement et se dire que cet aspect aurait pu être traité un peu plus finement et avec plus de justesse, on a parfois l'impression qu'il faut montrer patte blanche, "c'est bien une fille que vous voyez là messieurs dames, "une fille dans un corps de garçon, regardez donc ces froufrous et ces jupes à volants"
Malgré tout, le film reste très bon, il cerne bien son sujet et le combat de cette famille, la réticence ou la violence dont font preuve les personnes extérieures.
Plus encore, il parvient à livrer des instants authentiques et pleins d'émotion grâce à une photo impeccable et une caméra toujours bien placée qui brouille la frontière entre documentaire et fiction.