"Rodrigue, as-tu du coeur ?" "oui dans mon estomac ! Kwââââkkk !" lui répondit la corneille.
Alors, alors... Et bien, c'est une demie-bonne surprise ce téléfilm, et comme je suis quelqu'un de positif (personne ne viendra vérifier, après tout) commençons par le bon.
Honnêtement, et qui peut m'en blâmer, en voyant, en gros "Peur Noire, un téléfilm allemand dans lequel des corneilles mutantes très intelligentes s'en prennent à une petite bourgade teutonne", je pensais voir au mieux un film complètement foireux qui aurait le mérite de me faire me bidonner pendant une heure vingt, au pire, un ersatz loupé et soporifique des Oiseaux d'Hitchcock qui me forcerait à le couper au bout d'une demie heure... Finalement, cet essai pour un réalisateur habituellement cantonné aux séries télé se révèle plutôt positif.
Ne cachant absolument pas son inspiration du célèbre film aux oiseaux du maître du suspense, notamment par un clin d'oeil grossièrement glissé dans Peur Noire, Edzard Onneken, le réalisateur, évite ainsi de partir dans tous les sens et se tient à un long-métrage se partageant entre, d'un côté, la menace des corneilles et leurs quelques attaques, et de l'autre, sur Alex, la jeune vétérinaire enceinte, récemment installée, menant l'enquête afin de découvrir le pourquoi du comportement étrange de ces oiseaux de mauvais augure et qui peut se cacher derrière tout ça. Certes, rien de très original, mais cela évite de tomber dans le ridicule qui n'épargne pas souvent ce genre de production.
Pour l'exemple, dans une production "MegaCorneille by Asilum" on se serait retrouvé avec des corneilles géantes lâchant des fientes radioactives sur les passants tout en chantant des "Parce qu'on vient de looooooin toudoutoutou"... (si cela existe un jour, merci de me prévenir SUR LE CHAMP !).
Alexandra, quant à elle, est plutôt sympathique, hormis les deux trois crises d'hystérie de femme enceinte dont elle nous gratifie, elle incarne un personnage féminin pas trop cliché, dont l'enquête bien menée se suit sans déplaisir. Son mari, qui hormis sortir deux phrases niaises par quart d'heure, semble n'avoir d'intérêt que pour conduire sa femme dans sa décapotable, et les autres personnages restent très secondaires, même si je garde une pensée émue au souvenir du magnifique pull jacquard jaune et bleu de l'amie d'Alexandra... Une vile technique pour effrayer ces corneilles de malheur, surement.
Après un début un peu laborieux, le film une fois vraiment démarré ne souffre pas de baisses de régimes, heureusement vu sa courte durée, et les quelques attaques avec de vrais oiseaux, à la "vas-y que je plante mes serres dans tes cheveux" ou encore "ton sandwich ? Tu le vois ? Tu le vois plus ! AH AH!" (enfin c'est moi qui m'imagine le rire intérieur remplie d'ironie d'une corneille se barrant avec votre repas de midi dans le bec, ne vous attendez pas à les voir se fendre la poire) sont sympathiquement mises en scène.
Voilà pour le positif, et maintenant venons-en à ce qu'il y a de plus rigolo : la critique. (ne me jugez pas, vous êtes comme moi !)
Peur Noire est donc un téléfilm, et impossible malheureusement de passer outre : dès les premières images, ternes, cela saute aux yeux, la mise en scène est très/trop classique, avec quelques effets ringards pour faire "djeuns" (les zoom rapides avec musique angoissantes à l'appui, même mon grand-père n'en sursaute plus sur son rocking-chair depuis longtemps) et les acteurs, hormis l'actrice principale, sont mauvais.
Le scénario pêche aussi par trop de prévisibilité. A moins d'être sérieusement ramolli du bulbe ou d'avoir piqué un petit somme au milieu du film, impossible de ne pas voir arriver gros comme une maison les différents rebondissements finaux. Dommage.
La CGI, qui est utilisée dans environ la moitié des scènes où sont présentes les corneilles, les autres faisant judicieusement l'usage de vrais oiseaux dressés, est... affreuse. J'ai pu lire par-ci par-là que c'était "pas si mal"... Non, non et non. C'est moche. Très moche. Ai-je précisé à quel point c'est moche ? Comment dire... Si l'on veut à tout prix remplir son film d'images de synthèse, il faut les moyens et les compétences, sinon, mieux vaut toucher à son popotin (oui, des gens disent encore "popotin" passé 8 ans).
Et, le pire du pire, pour moi ("n'arrêtera-t-elle jamais de râler ?" vous dites-vous... La réponse est : Non) c'est le fait que, de part la chaîne familiale à laquelle est destinée ce film, les attaques sont archi-soft. Vous ne verrez pas une seule goutte de sang ! Non pas que je me délecte devant des boyaux à l'air comme un babouin devant un régime de bananes, mais avouez que, lorsque les deux protagonistes découvrent le corps d'une des victimes des-dits oiseaux, prennent un air affreusement dégoûtes, et que vous, sur votre écran, tout ce que l'on vous montre, c'est les bottes en caoutchouc du mort... Il y a de quoi être frustrée que diantre !
Je ne sais même pas pourquoi me fader d'une si longue critique sur un film que personne ou presque n'aura envie de voir, disons que pour les curieux, en préparant un gâteau ou en faisant les ongles à votre yorkshire, que sais-je de vos occupations diverses et variées, ça passe le temps.
Et puis c'est un chouette volatile la corneille.