Echec commercial à sa sortie, "Phase IV" a depuis été réhabilité par les amateurs de science-fiction. Sans doute pour l'originalité de son sujet et de son approche. Egalement parce qu'il s'agit du seul long-métrage réalisé par Saul Bass, graphiste de génie responsable de dizaines d'affiches et de génériques devenus emblématiques. En effet, le plantage de "Phase IV" a douché ses espoirs de réalisateur...

Si l'affiche laisse penser qu'il s'agit d'un vulgaire film catastrophe animalier comme il en existait à la pelle dans les 70's, ce n'est pas du tout le cas. Ici, on s'intéresse à deux scientifiques, un entomologiste et un cryptologue, qui débarquent au fin fond de l'Arizona. Ils vont étudier l'agitation très étrange de colonies de fourmis, à la suite d'un étrange bouleversement cosmique.

"Phase IV" alterne des scènes relativement sages avec des acteurs, et des séquences très étonnantes avec des insectes. Celles-ci, photographiées de très près, apportent beaucoup à l'ensemble, appuyant grandement l'ambiance étrange et oppressante (la BO en rajoute une couche aussi). Dont ce passage où les fourmis se passent une à une un grain d'insecticide, pour que la reine puisse pondre une génération d'insectes naturellement résistants !

Sur le volet humain, la caractérisation de nos héros reste limitée. A part l'entomologiste joué par Nigel Davenport. Rapidement excité par le défi, immoral, et doté d'un gros ego. L'intérêt sera plutôt la réflexion autour de l'expérimentation scientifique, tant on ne sait plus qui est le cobaye et qui est le testeur. Une thématique tout à fait pertinente, et en tout cas intelligemment abordée.

Il y a enfin, Saul Bass oblige, quelques imageries bien barrées. Cette figure dessinée dans un champs, un phénomène déjà existant dans la pop culture de l'époque, mais représenté pour la première fois dans un film. Ou ces constructions étranges exécutées par les fourmis.

Et évidemment la fameuse fin alternative, malheureusement coupée par le distributeur. Mais heureusement depuis retrouvée et restaurée, elle vaut son pesant de cacahuètes. Elle est présente sur le Bluray du film.

On y découvre un montage de quelques minutes totalement psychédélique, imaginant un monde où les Hommes ont été modifiés par les fourmis. Avec de l'architecture abstraite, des fourmis sortant du front, et j'en passe.

"Phase IV" apparaîtra sans doute lent à ceux qui n'adhèrent pas. Mais il a le mérite de durer moins de 1h30, et de proposer des choses que l'on ne voit pas tout les jours, dans la lignée du cinéma expérimental des 70's.

Redzing
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le 9 août 2020

Modifiée

le 24 févr. 2025

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