Presque 20 ans avant les fourmis de Bernard Werber, Phase IV propose un récit de science fiction fondé sur l'observation de ce monde infiniment petit pour nous et invisible le plus souvent.
Le point de départ est un étrange événement cosmique suivi de mystérieuses structures qui apparaissent dans le désert. Deux scientifiques sont invités à observer le phénomène en s'installant dans une structure futuriste remplie d'ordinateurs des années 70 (donc énormes). Ils croiseront une famille installée à proximité et découvrent rapidement que les prédateurs des fourmis ont disparu.. On comprend vite qu'on a sous les yeux un de ces films minimalistes (désert, peu de personnages, décor limité... et des fourmis) comme on pouvait en proposer dans ces années là.
Ce sera le seul film de Saul Bass, surtout connu comme un brillant illustrateur. On le voit bien d'ailleurs avec ces multiples plans rapprochés qui lui permettent de ne pas trop s'interroger sur l'extérieur mais juste de montrer et rendre plus grand et menaçant ce qu'on observe de haut. Une BO efficace se charge de créer l'angoisse face à ce qui nous est montré. Et que voit-on en fait? Des fourmis ...
Mais pas n'importe comment. Un montage astucieux, parfois accéléré, et des gros plans cette fois bien choisis, indiquent une organisation exceptionnelle (cela on le sait déjà), mais aussi un sens du collectif poussé tellement loin qu'il en devient clairement dangereux. Avec un peu plus d'intelligence (ici extra terrestre puisque le film débute sur une anomalie cosmique) et le désintérêt global de l'humanité pour ce qu'elles représentent, elles pourraient être une réelle menace. Quelques plans bien choisis suggèrent de petites tranches de vie de ces fourmis et c'est plutôt convaincant et parfaitement compréhensible. D'ailleurs, les rares comédiens font ce qu'ils peuvent mais ne sont vraiment pas les "personnages" principaux, ce qui est probablement volontaire et donc réussi.
Le film commence en phase I, mais pour ce qui est de la phase IV, on ne pourra que la deviner (sinon le film n'est plus minimaliste) D'ailleurs le générique est astucieusement entièrement à la fin ...
ce qui permet de suggérer que la phase IV correspond à la conquête de l'humanité mais nous ne la verrons pas, faisant de ce film une sorte de préquel du titre, et laissant notre imagination faire le travail, ce qui me plait assez mais peut dérouter
L'ensemble dure un peu moins d'1h30, ce qui est largement suffisant. Alors bien sûr, il ne faut pas le comparer aux blockbusters apocalyptiques contemporains, mais il montre qu'avec peu de moyens on peut beaucoup suggérer. D'ailleurs, on a les moyens aujourd'hui de filmer la suite. Quelqu'un va t il y penser ou laisser en paix notre imagination?