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Douloureux
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le 20 sept. 2011
Avant de devenir le cinéaste des envolées baroques et des tragédies sous stéroïdes, Darren Aronofsky a accouché, avec trois francs six sous et une pellicule 16mm granuleuse, d’un cauchemar mathématique pur.
Dès les premières secondes, on est pris à la gorge par un noir et blanc à haut contraste, presque crayeux, qui transforme New York en un labyrinthe de circuits imprimés et d’appartements-cellules. La caméra colle à Max Cohen, génie paranoïaque dont le cerveau semble être une machine de Turing en surchauffe. On ne regarde pas le film, on subit sa migraine. Le montage est une percussion, la bande-son de Clint Mansell un assaut industriel : tout concourt à nous faire ressentir la pression intracrânienne d'un homme qui cherche l'ordre dans le bruit blanc.
Ce qui rend Pi brillant, c'est sa capacité à traiter la religion et la finance sur un pied d'égalité : comme des systèmes de décodage du réel. Que ce soit les juifs hassidiques cherchant le nom de Dieu dans la Torah ou les requins de Wall Street traquant les cycles boursiers, tous veulent la même chose : la clé.
Pour Max, l'univers est un langage mathématique. Mais là où le film devient vertigineux, c'est dans sa conclusion presque biologique. À force de vouloir regarder le soleil en face — ou le nombre d'or qui régit chaque pétale de fleur et chaque spirale de galaxie — on finit par se brûler la rétine. La quête de Max n'est pas spirituelle au sens mystique du terme, elle est épistémologique : jusqu'où le cerveau humain peut-il supporter la structure du monde avant de griller ses propres circuits ?
On est loin de l'imagerie léchée des biopics sur les génies torturés. Ici, la connaissance est une pathologie. Le film avance comme un thriller paranoïaque des années 70, mais avec l'énergie punk d'un premier film qui n'a rien à perdre.
La fin, d'une violence libératrice, pose la question ultime : la paix ne réside-t-elle pas dans l'ignorance, dans ce moment où le chiffre s'efface pour laisser place au simple bruissement des arbres ?
Pi est une œuvre nerveuse, sale, intelligente et viscérale. C'est le cri d'un homme qui a trouvé la réponse et qui a compris, trop tard, qu'il aurait mieux fait de ne jamais poser la question.
Créée
le 24 mars 2026
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