Dans la famille des contemplatifs, Picnic est un classique du genre ; à l'intersection des Anges déchus et de I'm a cyborg but that's okay, le film offre un regard non-conventionnel sur la folie, sans pour autant s'aventurer dans une critique sociale aussi riche que dans ce dernier. La rencontre avec ces trois originaux ne laisse pas de marbre : au fil de leur pérégrinations sur les remparts de leur sanité, ils façonneront une vision du monde ex-nihilo, faite de bric et de broc et de tout ce qui s'immiscera sur leur chemin. Le fait qu'on ne sache pratiquement rien d'eux renforce leur côté attachant et rajoute la part de charme et de mystère que cette imagerie poétique et mélancolique laisse doucement planer à travers l'écran. La bobine nous emmène avec eux dans cette recherche sans but, si ce n'est celui de trouver un moment de répit face à l'enfer de l'institution psychiatrique. Le parapet, fil conducteur simple de leur voyage, se teinte petit à petit de leur espoirs comme de leurs douleurs, devenant ainsi un refuge, mais aussi une archive et un témoin de vulnérabilité et de non-dits. Je regrette cependant un manque de contraste dans le symbolisme, qui se limite à quelques bondieuseries et à une poupée vestige, et dans la musique, assez répétitive. Un conte initiatique aux touches éthérées agréable à regarder, et un traitement intéressant du traumatisme. 7/10