Au titre français du documentaire de Maciek Hamela, on préfèrera – une fois n’est pas coutume – son équivalent international, In the rearview, tant il circonscrit parfaitement le dispositif expérimental mis en place par le réalisateur polonais. Tandis que ce dernier, au volant de son van, évacue des civils ukrainiens de la ligne de front, sa caméra, symboliquement positionnée à la place du mort, fait office de rétroviseur (le rearview du titre). L’intelligence du montage confère à ce regard porté vers l’arrière une portée double. D’une part, il s’agit de filmer la guerre en différé, par ses effets, le road-movie se transformant en l’exploration d’une région totalement dévastée. D’autre part, la plus importante et la plus belle, la caméra partage l’intimité des familles entassées tant bien que mal dans l’habitacle étroit, levant le voile sur une foule de sentiments contraires : le soulagement d’en être réchappés, l’incertitude qui pèse sur le futur, la naïveté envolée des enfants, la peur contagieuse et surtout, ce lien atroce qu’on sent se distendre avec celles et ceux restés à l’arrière, dont le souvenir semble s’inscrire à jamais dans les cœurs comme dans le rétroviseur.