Nous sommes fait de rêves et les rêves sont fait de nous

Quel film ! Godard m'avait conquis avec "À bout de souffle" et je me suis directement tourné vers "Pierrot le fou", considéré comme son long métrage le plus abouti, à juste titre ...
C'est l'histoire de Ferdinand (Jean-Paul Belmondo) et Marianne (Anna Karina), amoureux renaissants fuyant Paris et ses conventions pour le sud de la France désireux de vivre leur aventure, entre quête de liberté spirituelle, délits et confrontations, les amenant inéluctablement vers une route sans fin.

À l'instar de "À bout de souffle" cette fois le scénario m'a vraiment enthousiasmé, la dualité des deux protagonistes, l'un est avide de lettres, de philosophie, l'autre est insouciante et frivole, un cocktail détonant de sensibilité passionnelle mais contrasté (la scène de la plage est symptomatique), rares sont les films où les personnages sont aussi travaillés avec autant de sincérité et de complexité.
La mise en scène jouit d'un décalage anti conformiste, marque de fabrique de Godard, avec également des regards caméra malicieux comme la fameuse réplique "À qui tu parles ? Au spectateur" ou les déclamations de Marianne "Je me fous de tout, ce que je veux c'est vivre" et de Ferdinand "Nous sommes fait de rêves et les rêves sont fait de nous", renforçant le degré d'immersion du public, au plus près du film et de leurs protagonistes.
Visuellement j'ai trouvé ça extrêmement intéressant, avec un jeu de couleurs primaires proche par moment du mouvement néo réaliste, le rouge et le bleu sont très souvent associées et/ou confrontées illustrant parfaitement le thème de l'opposition idéologique.
Belmondo et Karina sont juste parfaits dans leurs rôles, tout en authenticité, malice et charisme, un vrai couple emblématique du cinéma, niveau interprétation la courte apparition de Raymond Devos en homme névrosé est exceptionnelle.
La fin du film est déchirante, d'une grandeur symbolique frappante de fatalisme, d'une volonté de quitter ce monde inexorablement corrompu pour rejoindre l'éternité pure de l'au delà. La morale est volontairement subversive, d'ailleurs chose étonnante ce long métrage a été interdit au moins de 18 ans à sa sortie pour cause "d'anarchisme intellectuel et moral" en pleine France gaulliste pré 68, on peut donc légitimement le considérer comme avant-gardiste.

"Pierrot le fou" est un film majeur, extrêmement intelligent en tout point, brillamment interprété et d'une beauté poétique sans pareil, Godard prouve là son génie mais également son goût pour la provocation et sa haine du conformisme, une œuvre à découvrir.

Créée

le 23 mai 2014

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JimBo Lebowski

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