7
606 critiques
Ceci n'est pas un film
Je préviens ça va pas être clair (du tout)... Mais en même temps... Et après on va me dire que je regarde des trucs bizarres qui ne sont pas des films... Mais que cherche Godard ici même ...
le 17 juil. 2011
[Avertissement : J'ai eu une double appréciation du film, d'abord à 17 ans, puis presque 10 ans après. Je me suis dit que ce serait marrant de faire figurer ici mes deux critiques, pour voir l'évolution de mon point de vue et rendre justice à deux personnes successives que j'ai été.]
-
Ma critique à 17 ans :
Godard se propose ici de détruire le temps et l'espace pour les reconstruire à sa façon. Parfois, ça fonctionne, parfois pas. C'est parfois pertinent et drôle, parfois incongru et ennuyeux. Mais le tout s'avère porteur d'un charme tout particulier, qui lui procure ce statut que je considère comme honorable en tous points : le statut d'OFNI (Objet Filmique... vous avez compris).
Deux choses sont privilégiées dans ce film.
Tout d'abord l'image, ou plus particulièrement les couleurs, souvent vives et contrastées, qui titillent les yeux, taquinent, ou provoquent. Ce sang absolument pas crédible qui se place comme annonciateur d'un cinéma gore/bis à venir, ces robes colorées et voyantes de Marianne, ces jeux de peinture, de lumières, etc.
Ensuite, le charisme des acteurs est la deuxième chose qui absorbe l'attention du spectateur, ou qui a en tous cas absorbé la mienne. Le pouvoir attractif de Belmondo et Karina est tellement fort qu'on arrive presque à les écouter raconter des conneries sans broncher pendant quasiment 2 heures. C'est en soi une performance admirable, peu leur arrivent à la cheville (surtout dans le cinéma français...), et je dis bravo.
Après, voilà. Pierrot le fou s'amuse avec les ressources du cinéma, les détruit, les reconstruit... Il a l'air libre dit comme ça, mais cette position pseudo-expérimentale le condamne paradoxalement à être limité à son époque, limité à une chronique, une trace des tâtonnements techniques et narratifs du cinéma de Godard à ce moment-là. Des expérimentations techniques toutes bêtes comme l'utilisation du son pour créer une deuxième narration, la prise à parti du spectateur ou encore reprendre les répliques sur deux plans différents auraient pu être plus prenantes si elles étaient réalisées avec plus de conviction et de cohérence, il manque de suite dans ces idées lancées les unes à côté des autres.
Au final on a un film qui nous met face au vide de la vie, à l'absurde de la réflexion, des pensées, de la littérature, de la poésie, de l'art, et du coup, du cinéma. Certains y voient un gribouillis pseudo-intellectuel (en utilisant cette expression "branlette intellectuelle" que je hais par dessus tout !!), j'y ai plutôt vu un gribouillis, certes, (le film est une sorte de brouillon de film) mais tout sauf intellectuel !
C'est très bête comme film, absurde, bien pensé mais composé d'une façon assez débile. Mais c'est cette débilité qui rend la chose fascinante, et qui ne m'a pas permis de décrocher devant l'oeuvre.
Si ce n'est probablement pas le film le plus intéressant de son auteur, il reste incontournable car malgré ces nombreux défauts, et son allure un peu bâtarde, il reste un film très inspirant. On voit dès ici que Godard deviendra une source d'inspiration angulaire pour certains films géniaux de la même trempe (les films de Gregg Araki, pour n'en citer qu'un), et rien que pour ça, ça vaut le coup d'oeil.
C'est une oeuvre pas notable en soi (j'ai mis 6 par défaut car le 5 a pour moi une connotation négative), pas jugeable non plus, et je ne comprends pas comment on peut l'adorer ou la détester.
(Voilà, fin de la critique du moi de 17 ans. Il n'a pas pleinement saisi le sel du film, mais pas con pour son âge le bonhomme, non ? Oui je me jette des fleurs, mais à 10 ans d'écart c'est autorisé.)
-
Ma critique à 26 ans :
J’avais découvert Pierrot le fou à 17 ans, ça m’avait déjà heurté de plein fouet mais je n’avais pas compris grand-chose. Je le revois presque dix ans après, et en fait c’est un film irrésistible d’inventivité, de drôlerie, d’excentricité. J’adore cet humour qui se sert des moindres codes du cinéma pour les tourner à l’absurde. J’aime ce jeu exubérant sur les couleurs et les objets, qui ne s’arrête pas. J’aime le jeu des lumières sur le visage des acteurs lorsqu’ils roulent la nuit. J’aime l’idée de décorréler le son et l’action, de décorréler qui parle et qui agit, de mettre ainsi en relief, de souligner ainsi chacun des éléments qui composent l’image et le son. J’aime cette excursion dans un bar pour raconter d’où viennent chacun des personnages secondaires inutiles comme s’il s’agissait d’un documentaire. J’aime ces incursions intempestives de la littérature et de l’art à chaque occasion. J’aime ces scènes qui recommencent, ces regards caméra transgresseurs, ces dialogues avec le spectateur.
J’adore la scène au milieu du film où Godard se moque des « Amerloques » en rejouant de façon complètement ridicule la guerre du Vietnam (pour moi la meilleure scène du film ou en tous cas la plus drôle !). J’aime ces apartés chantés d’Anna Karina qui n’apportent absolument rien au film et sont donc absolument fabuleux. J’aime ces fulgurances de poésie qui sortent de la bouche de Fernand/Pierrot. J’aime la façon dont l’intrigue policière est saucissonnée, hachée et jetée parmi des tranches de moments de vie complètement déconnectés. J’aime cette fuite en avant, ce mouvement perpétuel qui ne s’arrête qu’à la toute fin du film, dans un final détonnant et presque cartoonesque ! J'aime ce duel de petites choses du quotidien VS grands concepts entre la femme et l'homme. J'aime quand Fernand/Pierrot compte les secondes et défie complètement la logique du temps grâce au montage, illustrant ainsi ce que peut le montage. J’adore cette scène à la fin, avec le mec complètement déluré qui est hanté par une musique, et raconte son histoire d’amour avec trois femmes. Le jeu de l’acteur et l’absurdité de son texte en font un véritable sketch, quelque chose de merveilleux, qui est pour moi l’autre grande scène du film.
Belmondo est très bon dans son rôle, mais c’est peut-être surtout Anna Karina qui m’a frappé par sa folie et sa grâce : elle convient merveilleusement bien au rôle et lui donne un tel supplément d’âme !
Bref, 10 ans après je comprends un peu mieux pourquoi c’est un film formidable, je suis content de l’avoir revu – et certaines scènes m’ont tellement plu, amusé et décontenancé à la fois, que je les reverrai encore bien d’autres fois sans doute.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Films découverts en 2016 et Filmographie citée dans Les Années, d'Annie Ernaux
Créée
le 19 janv. 2016
Modifiée
le 27 août 2025
Critique lue 380 fois
7
606 critiques
Je préviens ça va pas être clair (du tout)... Mais en même temps... Et après on va me dire que je regarde des trucs bizarres qui ne sont pas des films... Mais que cherche Godard ici même ...
le 17 juil. 2011
4
8 critiques
Bon alors c'est du Godard : et vas-y que je te fais n'importe quoi avec le son, et vas-y que je te colle de la philosophie à deux balles, et vas-y que je te coupe la musique n'importe quand, et vas-y...
le 11 mars 2016
8
3172 critiques
Un film d'une densité impressionnante. Dynamitage à tous les étages, Dilettante et exigeant, foutraque et maîtrisé, drôle et déconcertant. Le film est un art poétique foisonnant qui brasse toute la...
le 7 déc. 2013
4
58 critiques
Fait chier, j'avais envie de l'aimer celui-là ! Vraiment ! J'ai pas mal entendu parler de Jodorowsky, été tout de suite attiré par le pitch du film, et en le lançant avec beaucoup d'appréhension j'ai...
le 7 juil. 2015
5
58 critiques
Avant de me lancer dans Feu, je connaissais pas trop la musique de Nekfeu. J'avais écouté quelques sons, que j'avais kiffés d'ailleurs, mais je m'étais jamais penché sur le cas. Maintenant que j'ai...
le 7 juil. 2015
2
58 critiques
Parmi les séries qui ont fait mon enfance, rares sont celles qui m'ont vraiment laissé un MAUVAIS souvenir. La plupart m'ont laissé une idée très positive, et m'inspirent encore un sentiment de...
le 31 mars 2016
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème