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le 28 janv. 2012
SuivreLe Figaroscope
Seulement le deuxième long métrage Disney, et déjà un sommet technique difficilement égalable. Bourrée d'inventions de toutes sortes, l'animation est proche de la quasi perfection, à cela s'ajoute...
Long-métrage d'animation de Jack Kinney, Bill Roberts, Ben Sharpsteen, Wilfred Jackson, Hamilton Luske, Norman Ferguson et T. Hee (1940)
En 1881, Carlo Collodi (Carlo Lorenzini de son vrai nom) accepte d’écrire une histoire dans le journal « Giornale per i bambini » destiné aux enfants afin de rembourser des dettes de jeux. Il écrit Storia di un burattino, l’histoire d’une marionnette en bois qui se termine sur le suicide par pendaison de cette dernière.
Sous l’insistance du journal et de certains lecteurs, Carlo Lorenzini se voit contraint de reprendre son histoire sous le titre définitif Le Avventure di Pinocchio avec une fin heureuse à la clef et la transformation de la marionnette en petit garçon.
Pendant l’écriture de son histoire, entre 1882 et 1883, Carlo Lorenzini perd sa mère avec laquelle il vivait. La mort de sa mère est un deuil dont il ne se remettra pas et ça se ressent dans son histoire moralement incertaine.
En 1938, l’idée d’adapter le roman Pinocchio en long-métrage d’animation est soufflé aux oreilles de Walt Disney. Pour Pinocchio le plus gros défi du film n'est pas technique mais bien scénaristique, car il a fallu conserver l'esprit de l'histoire originale comprenant un antihéros irascible, un grand nombre de méchants et très peu de moments joyeux ou comiques.
De nombreux personnages sont ainsi supprimés, d'autres sont étoffés comme Jiminy Cricket et Figaro, quand ils ne sont pas créés de toutes pièces telle Cléo. Cette libre interprétation de Pinocchio ne se fera d'ailleurs pas sans heurt avec la famille de l'auteur qui intentera un procès à Walt Disney pour dénaturation de l'œuvre. Il est donc essentiel de bien comprendre que la vision de Pinocchio présenté par Walt Disney est la sienne et qu'elle ne doit pas être considérée comme correspondante à celle de Carlo Lorenzini.
Alors que Pinocchio est à l'origine un petit garnement enclin à faire sans cesse des bêtises et, somme toute, insupportable, Disney le présente sous un jour autrement plus favorable, de bambin naïf et influençable. Au final, Pinocchio va devoir survivre au monde extérieur.
Cependant, malgré ces changements, Pinocchio reste le Classique Disney le plus sombre et empreint de terreur que j’ai pu voir. La terreur revient régulièrement et de manière prononcée. Durant son passage chez Stromboli, ce dernier use de cruauté mentale. L’atmosphère de l’île des plaisirs devient oppressante avec la transformation des enfants en ânes et leurs ventes. Sur cette île, certains éléments sont non éclairés et s’éclaircissent petit à petit donnant des indices aux spectateurs pour les terrifier.
Les lieux sont fermés, de nuit, Pinocchio prisonnier de Stromboli, l'apparition de Jiminy, la conspiration dans une ruelle embrumée de Grand Coquin et du Cocher, l'Île des plaisirs avec ses ses cages, l'estomac de Monstro, le fond de l'océan. Même lorsque Geppeto et Pinocchio s'échappent du ventre de la baleine, le ciel est aussi sombre que l'intérieur du monstre. La seule lumière rayonnante provenant de la magie de la Fée Bleue.
De quoi terrifier le petit garçon que j’ai été.
Même la musique me met mal à l’aise pourtant auréolée de l’Oscar de la meilleure partition originale et de l’Oscar de la meilleure musique originale avec Quand on prie la bonne étoile.
L’animation 2D est sans aucun doute à son apogée, aucun autre Classique de Disney ne pourrait bénéficier d'autant de soins et de moyens. Le papa de Mickey se moquait des sommes folles investies dans Pinocchio. Walt Disney s'est autorisé de réels caprices visuels comme la scène de Pinocchio se rendant à l'école. La caméra se promène, du clocher vers le bas, puis en travelling, tourne sous un porche pour finir, plus bas à droite chez Geppeto. Le tout avec trois différents niveaux d'animation. Après cette aventure gargantuesque financièrement, Disney se jura d'être, à l'avenir, beaucoup plus raisonnable dans l'élaboration d'un long-métrage animé.
Les résultats financiers furent décevant. La deuxième Guerre Mondiale a stoppé net la carrière internationale de Pinocchio. Si le public américain découvrit le film en 1940, le marché européen resta fermé jusqu'à la fin du conflit. Le long-métrage ne put, dans ces conditions, se rentabiliser. Les Studios Disney entrent alors dans une phase financière délicate qui durera une décennie.
Pour les spécialistes de l'animation 2D, Pinocchio est assurément le film d'animation s'étant le plus rapproché de la perfection et dont la qualité n'a jamais été égalée depuis. Les critiques furent unanimes pour l'encenser son animation, reste un scénario sombre qui pourra rebuter certains enfants et même certains grands enfants.
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Créée
le 8 sept. 2022
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