Alexandre Aja est un réalisateur qui sait faire de belles images, sa filmo l'a déjà prouvé et ce Piranha 3D propose toujours des plans superbement composés, portés par une direction de la photo au cordeau. Même s'il faut mettre un gros bémol sur l'utilisation des effets spéciaux combinés à la 3D lors de certains moments. Alexandre Aja est un réalisateur qui a des idées et Piranha 3D est lui aussi là pour en attester : la fameuse scène de massacre de Spring Breakers est un festival gore d'une férocité et d'une jubilation rarement atteinte dans le cinéma d'horreur moderne. Franchement cradingue, carrément virtuose, profondément assumé, c'est le genre de séquence qui vaut à elle seule la vision du film car il faut le voir pour le croire. Alexandre Aja est un vrai connaisseur du cinéma de genre et Piranha 3D regorge de références, autant dans l'écriture (notamment dans sa volonté de se démarquer du film original de Joe Dante), le casting (bonjour Christopher Lloyd en savant doux dingue) et la mise en scène (Un trans-trav à la Jaws par-ci, un cadavre à la From Beyond par là). Grâce à cette érudition Alexandre Aja sait aussi jouer avec les codes de façon plutôt intelligente et c'est précisément là où Piranha 3D échoue. Parce que Piranha 3D est con, très con, turbo con.
C'est pleinement assumé, oui mais ça ne va pas au delà. Ainsi Piranha 3D reproduit les travers les plus gênants de ce genre de cinéma. Déjà il faut attendre 55 minutes avant de profiter de la fiesta gore, 55 minutes à montrer du nichon et du cul et à s'attarder sur des personnages qui ne seront jamais plus que de simples caricatures superficielles. Et de tout ceci Alexandre Aja n'en fait rien et on se retrouve avec un film où la brave famille solidaire survit et où les fornicateurs sont punis de la façon la plus violente et la plus cruelle possible. L'idée traditionnelle qu'au fond "ils l'ont bien cherché" n'est ici pas du tout remise en question, elle tend même à être parfaitement validée. Son chouette remake de La colline à des yeux met lui aussi beaucoup de temps à vraiment démarrer mais la longue caractérisation profite au portrait d'un objecteur de conscience finissant par assassiner un adversaire en lui plantant un drapeau américain dans le crâne avec The Star-Spangled Banner en fond sonore. Un niveau d'ironie et de subversion complètement absent de Piranha 3D. C'est très gore mais passé le plaisir primaire et immédiat il ne reste pas grand chose, le calme plat. Sous la surface de Piranha 3D il y a un grand potentiel qui n'est jamais exploité. Ce film nage dans sa propre connerie et il s'en contente, ça finit par gâcher le plaisir.