En 2008 sortait le film Gomorra de Mattéo Garrone adapté du livre du même nom de Roberto Saviano. Le livre lui-même étant une révélation dans ce qu'il témoignait d'une société malade et de la déliquescence de notre jeunesse, par le portrait d'une mafia tentaculaire à la main mise sur l'économie défaillante du pays.
Partant de la documentation approfondie de l'écrivain, Gomorra nous plongeait dans la réalité crue d'une Italie gangrenée par la violence, aux situations surréalistes, où la jeunesse en quête de reconnaissance et de pouvoir, n'en était pas moins dangereuse par sa désinvolture. On se souvient de ces deux jeunes en plein délire s'amusant à être des vrais gangsters et on se souvient aussi de leur destinée. Les parrains n'étaient pas loin et veillaient au grain mais l'intrigue laissait les adultes en filigrane, et témoins de la dangerosité de leur propre organisation.
A l'instar du western spaghetti, sans fard et à la mise en scène réaliste propre au cinéma italien, une revisite du film de mafieux, aux tons froids et au déroulé sans ménagement et sans cette petite touche hollywoodienne d'un Scorcese.
Mauvaise graine, de Claudio Caligari, sorti en 2015 et malgré un scénario assez convenu, tablait lui aussi, sur une mise en scène désespérée pour son portrait de la misère sociale.
Avec Piranhas, Claudio Giovannesi, qui a tourné quelques épisodes de la série éponyme, adapte de nouveau un livre de R.Savianno qui continu dans son portrait et opte pour la fiction, où la jeunesse est désormais reine en sa demeure, et qui ne voit dans le crime organisé que la seule réponse à sa survie et l'occasion de briller. La ville de Naples leur appartient, les parrains ont disparu, ils sont en prison ou morts et c'est la notion même d'absence de garde-fou que peut être l'adulte qui est mise en avant. On retrouve cette désinvolture de ces jeunes menés par le chef de quinze ans, Nicola et sa gueule d'ange, pour le physique approprié et en décalage, qui décide de prendre en main les affaires de son secteur, voire de l'agrandir, s'attaquant à d'autres groupes tout aussi jeunes. Collant au train de cette bande en roue libre, entre amusement et insouciance, délire de l'argent facile, boites de nuit, virées nocturnes, C. Giovannesi apporte du rythme par une mise en scène plutôt nerveuse mais s'oublie dans quelques contemplations qui apportent longueurs et simples représentations : l'attachement à la famille, le sacrifice final et la fin de l'innocence, ou autres découvertes sentimentales.
On navigue au plus près des personnages, peut-être trop, au détriment d'une peinture alentour pouvant justifier de cette liberté d'action. On se ballade dans les ruelles aux travailleurs pauvres soumis à la protection aléatoire d'une mafia qui en a perdu sa superbe. Un style assez classieux quelques fulgurances colorées et un parti pris plutôt tranquille où la violence d'un Gomorra est remplacée par celle psychologique d'une jeunesse abandonnée mais qui aura du mal à en révéler les tourments. Si le thème reste toujours fort dans ce qu'il implique de démission d'un pays face à sa propre défaillance humaine, on s'éloigne de l'ambiance sourde de Gomorra. Les acteurs manqueront de présence, les dialogues de verve et quelques situations prévisibles ne parviennent pas à rendre le malaise, ou la folie d'un Gomorra, finalement plus percutant.