Ma grille d'analyse dit au mieux 6/10, mais mon ressenti dit plutôt 7/10.
Malgré ses défauts et ses parti-pris maladroits, "Placés" est parvenu à me cueillir, à m'intéresser à ses personnages authentiques, bref à me faire vivre cette histoire intensément.
Si le film diffuse une telle authenticité, c'est en raison de sa dimension autobigraphique : scénariste de comédies beauf telles que "Les Tuche" ou "Le doudou", le néo-réalisateur Nessim Chikhaoui a en effet occupé un poste d'éducateur spécialisé dans sa jeunesse, et cela se ressent à l'écran.
Le choix pertinent des jeunes comédiens participe également de cette réussite : la plupart se fondent parfaitement dans leurs rôles de gamins "à problèmes", à l'image de la prometteuse Lucie Charles-Alfred, qui incarne avec talent Emma, la jeune fugueuse.
Un bon point également pour les comédiens "professionnels", qui se montrent presque tous à leur avantage, à commencer par le héros sobrement charismatique Shaïn Boumédine (découvert dans "Mektoub, My Love" de Kechiche), qui forme un joli couple avec la lumineuse Naïla Harzoune. A l'instar de Moussa Mansaly ou Aloïse Sauvage, toute l'équipe d'éducateurs apparaît crédible, y compris les expérimentés Philippe Rebbot et Julie Depardieu, respectivement directeur du centre et ancienne prof portée sur la bouteille.
Je suis moins emballé par la famille du héros (avec la présence peu opportune de Smaïn dans le rôle du père) et par sa bande de potes de la cité, censée apporter une dose de comédie plus marquée... Disons que le film a au moins le mérite de montrer la banlieue sous un jour assez nouveau, éloigné des clichés habituels.
Plus dérangeant, car cet aspect entre en contradiction avec l'authenticité du film, "Placés" se révèle superficiel et éxagérément optimiste. En effet, si les problématiques sont abordées de front sans trop de tabous, leurs résolutions apparaissent souvent convenues.
On pouvait très bien rester dans le registre de la comédie sans édulcorer certaines réalités (en laissant incertain le sort d'Emma, par exemple). Au contraire, Nessim Chikhaoui et sa co-scénariste Hélène Fillières optent pour un happy end généralisé, bien peu crédible en l'occurrence. Ainsi, je n'ai pas du tout aimé la scène qui voit le héros quitter sa salle d'examen avant même de passer son concours : le genre de comportement absurde qu'on ne voit qu'au cinéma...