Qu’il est bon de voir de jeunes cinéastes français faire des incursions en science-fiction, un genre encore trop peu représenté à mon sens dans le cinéma hexagonal. C’est donc avec un réel plaisir, et tout plein d’attentes que j’ai lancé le visionnage de Planète B, que je savais nommé aux César 2025 (en meilleur espoir féminin pour Souheila Tacoub). Certes le film n’est pas parfait, mais j’ai passé un excellent moment en compagnie de ce scénario original.
J’ai une affection toute particulière pour la réalisatrice Aude-Léa Rapin, que j’ai suivi depuis ses débuts. Diplômée de l’Atelier Scénario de la Fémis, j’avais découvert son premier court métrage de fiction, La météo des plages, au festival Paris Courts Devant 2014, sur lequel je travaillais à l’époque. Deux ans plus tard, nous avions également sélectionné un autre de ses courts métrages, Que vive l’Empereur. J’avais beaucoup apprécié son premier long métrage, Les Héros de meurent jamais, avec Adèle Haenel et Jonathan Couzinié, que j’avais eu la chance de découvrir à la Semaine de la Critique 2019, avant qu’il ne soit projeté en avant-première au festival Courts Devant, en présence de la réalisatrice et de l’acteur. Vous l’autre compris, j’ai beaucoup de sympathie pour la cinéaste, et un attachement tout particulier à son cinéma !
Planète B est une histoire ambitieuse. Nous sommes en France, en 2039, dans un monde qui n’est pas post-apo, mais qui en a le crasseux et la violence. Le pays est en proie à une lutte entre activistes écologiques et l’Etat, qui n’hésite pas à utiliser la force pour réprimer tout soulèvement. Quasi guerre civile. Julia Bomparth est l’une de ces rebelles écolo, traquée sans relâche. Un jour, lors d’une opération qui tourne mal, elle est arrêtée et perd connaissance. A son réveil, la voilà piégée dans une prison virtuelle : Planète B. Une magnifique villa en bord de mer d’où elle ne peut s’échapper, et qui va devenir, avec ses camarades également emprisonnés, un véritable enfer. En parallèle, la jeune Nour, femme de ménage d’un complexe militaire ultra-sécurisé, vole sur un coup de tête un casque VR, qui va lui permettre d’accéder à Planète B et d’entrer en contact avec Julia. Les deux femmes vont faire équipe pour tenter de libérer les activistes de leur prison virtuelle.
Il faut d’abord saluer le travail de la directrice de la photographie Jeanne Lapoirie, qui a su parfaitement marquer la différence entre la réalité, aux tons sombres et à l’obscurité persistante (le Fils de l’Homme, d’Alfonso Cuarón a été l’une des références pour créer cette ambiance) et la prison virtuelle, lumineuse, extrêmement colorée, faussement paradisiaque. Pour ces secondes séquences, l’étalonnage a ainsi été poussé à l’extrême, avec notamment un « bleu insolent », référence à Dôme de Stephen King.
Saluons également le jeu des actrices ! Nour est incarnée par Souheila Yacoub, jeune actrice suisse qu’on a vu dans des films aussi disparates que Climax de Gaspar Noé ou Le Sel des larmes de Philippe Garrel, et qui commence à avoir une jolie filmographie, entre le En corps de Cédric Klapisch (elle y joue la copine de Pio Marmaï) et Dune 2ème partie de Denis Villeneuve. Dans Planète B, elle mérite amplement sa nomination aux César ! Aude-Léa Rapin l’avait repéré alors qu’elle jouait dans la pièce Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad.
Julia Bomparth quant à elle est jouée par l’inimitable Adèle Exarchopoulos, actrice captivante et toujours aussi intense. Un choix qui s’est imposé d’emblée à la réalisatrice, en accord avec la directrice de casting Judith Chalier.
Afin de renforcer l’aspect réaliste des séquences d’insurrection, dans « la vie réelle de 2039 », Aude-Léa Rapin s’est appuyée sur des vidéos des violences actuelles, notamment les Gilets Jaunes, les manifestations à Notre Dame des Landes, et les diverses répressions sanglantes à travers le monde. Bien que son scénario soit original, elle s’est également inspiré de L’Insurrection qui vient, un livre paru en 2007 par le Comité Invisible (auteurs anonymes), qui avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque.
Inventif et regorgeant de bonnes idées, Planète B navigue sur le fil, jamais trop caricatural, jamais trop loufoque. On adhère à l’histoire, plausible à partir du moment où l’on accepte le concept de la prison virtuelle. Certes le film n’est pas parfait, mais on ne peut que soutenir ces incursions réussies dans le genre. Malheureusement, ce n’est pas Planète B et son échec cuisant au box-office (à peine plus de 30 000 entrées) qui va inciter les financeurs à produire davantage de science-fiction à la française…