Planètes
6.1
Planètes

Long-métrage d'animation de Momoko Seto (2025)

J'avoue qu'il me rendait curieux, ce Planètes.

Sa réputation d'ovni, sa promesse de film sans parole, un peu foutraque...


D'un certain point de vue, il a su faire le job, franchement.

Les transitions d'un univers à un autre sont nombreuses, renouvelant régulièrement l'environnement sensoriel auquel on est exposé. La mobilisation d'images en prise de vue réelle, mélangées habilement avec d'autres éléments générés numériquement produit des effets visuels souvent déstabilisants. Les choix de photo associés aux effets saccadés de l'animation apportent même parfois à ce Planètes des allures de vieux film des années 60 dont Ray Harryhausen aurait été un artisan de l'ombre.

Et puis, suivre pendant tout un film des akènes de pissenlit qui ne demandent qu'à se planter quelque part, voilà qui n'est pas anodin non plus.

En cela le film laisse une marque. On ne pourra pas lui retirer ça...


Mais bon...

À côté de ça, je ne peux pas passer sous silence LE problème du film. Et contrairement à ce que laisserait suggérer le titre (composé avec toute la subtilité que vous me connaissez ;-), ce n'est pas tant le fait que le film s'autorise un trip qui me dérange, surtout que – et on en reparlera un peu plus tard – je trouve que l'autrice fait pas mal d'efforts pour nous y intégrer...

Non, le vrai problème de ce Planètes : c'est sa durée.

Et au risque de surprendre : bien que le film ne dure qu'une heure et quinze minutes, je le trouve trop long.


Alors OK, j'entends bien celles et ceux qui me diraient : « 1h15 ? Eh oh ! Ça va ! C'est court ! »

Sauf que... Bah, dans le cadre de ce Planètes-là, non. C'est tout sauf court.

On parle quand même d'un film qui entend nous faire suivre le parcours – certes fantaisiste et farfelu, j'entends – de deux akènes de pissenlit. Juste ça.

Une heure et quinze minutes ? Moi je dis non.

Eh oh ! N'oublions pas qu'il y a le format court et le format moyen pour ce genre de film-là !


Passé la demi-heure, ce Planètes a pour moi fait le tour de sa proposition. Ça se répète beaucoup, ça peine à se renouveler et surtout ça reporte sans cesse ad nauseam une conclusion qu'on n'a déjà deviné depuis longtemps.

En cela, les efforts consentis par le film pour nous engager dans son élan seraient presque contre-productifs. La personnification des akènes apporte certes une note de choupinounerie et participe à notre investissement affectif, mais d'un autre côté, ils font beaucoup perdre au film de sa dimension d'ovni, transformant cette longue odyssée florale en quelque chose d'étonnement convenu, ne reléguant dès lors l'originalité et le saisissement qu'aux seuls domaines de la faune et de la flore rencontrées.


Alors, bien sûr, j'ai conscience qu'en disant cela, je pourrais passer auprès de vous pour le spectateur impatient qui ne sait pas adapter ses attentes aux propositions qui lui sont faites, ce qui... bah ne serait pas totalement faux, je vous le concède.

Seulement il se trouve que, moi, face à cet art du mouvement qu'est le cinéma, j'avoue être particulièrement sensible à la rythmique.

Ma mise en mouvement est souvent liée à celle du film. Du coup, si à un moment donné, ce dernier patine trop longtemps, moi je décroche et je passe à côté de la proposition. Or j'en suis convaincu : en étant davantage ramassée, Planètes aurait pu se faire expérience plus dense, plus cohérente, voire même le film aurait pu prendre le risque d'être davantage cryptique et jusqu'au-boutiste. Pour le dire autrement, Planètes aurait sûrement pu être un très bon court ou moyen métrage, ce qu'il n'est malheureusement pas.


Néanmoins, je ne suis pas dupe.

Je me doute bien que, si ce film avait été plus court, son exploitation commerciale aurait été rendue plus compliquée, voire impossible.

Aujourd'hui il n'y a pas vraiment de marché pour le moyen-métrage. Du coup, quand un auteur se rend compte qu'en forçant un peu, il y a moyen d'étirer son oeuvre jusqu'à la durée minimum d'exploitation en salles, je comprends la tentation de s'y risquer. Mais, au bout du compte, est-ce vraiment un gain ?

D'accord, par ce choix du long, sûrement que davantage de gens ont vu ce Planètes et que son autrice.comme son producteur ont pu se mettre quelques pièces dans la poche.

Mais au bout du compte, les retours n'ont pas l'air d'être bien foufous alors que, dans un festival, il aurait pu faire sensation et ouvrir des perspectives plus larges pour l'avenir.


Et moi, c'est malheureusement ce que j'en retiendrai de ce Planètes : un film pas si fou que ça, ce qui, au vu du sujet, à de quoi nourrir de nombreux paradoxes.

Et parmi ceux-là je retiendrai surtout cet enseignement singulier : celui qui nous dit que c'est parfois en voulant faire moins long qu'on va le plus loin...

Créée

le 3 avr. 2026

Critique lue 34 fois

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2

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