Oliver Stone filme la guerre du Vietnam avec une virtuosité enragée, basée sur son propre vécu dans ce conflit. C'est la sale guerre qui n'en finit pas de hanter l'Amérique, il la filme comme on l'a rarement fait, à hauteur des gosses-soldats englués dans ce cauchemar, cette hallucination meurtrière qui leur bouffe à jamais leur innocence, sans lyrisme et sans effets "wagnériens" appuyés comme dans Apocalypse Now. Dans ce récit de sueur et de sang, Stone livre un témoignage aigu, douloureux et d'un réalisme sans fard, en forme d'exorcisme du cauchemar, en allant au bout de cette sauvagerie impitoyable ; c'est la guerre dans toute son horreur, sans concessions, avec seulement la trouille et la lâcheté, la boue et la saleté, l'horreur et la cruauté, la peur au ventre et l'épuisement, la rage, le désespoir, la mort qui rode et qui servent de fond à l'affrontement physique et moral des 2 sergents Barnes et Elias. On ne peut oublier de si tôt le personnage de Tom Berenger complètement habité par sa folie destructrice, et le personnage de Willem Dafoe à l'allure christique qui va vers sa crucifixion. L'action existe mais elle est sous-tendue par une profonde réflexion d'amertume et de dégoût : la guerre est sale, inhumaine, c'est une barbarie qui laisse des cicatrices indélébiles ; c'est cette barbarie à l'état presque brut, dans un style quasiment documentaire, que nous livre le réalisateur, un constat effroyable, bref c'est un film percutant , couronné par 4 Oscars et dont on ne ressort pas intact.