Plus fort que moi
7.7
Plus fort que moi

Film de Kirk Jones (2025)

On a entendu parler de Plus fort que moi avant sa sortie en France, lorsque Robert Aramayo, un acteur que l’on n’avait pas jusque là particulièrement remarqué lorsqu’il était apparu en Elrond jeune dans la série Les Anneaux de pouvoir, a coiffé sur le fil DiCaprio et Chalamet pour le BAFTA du meilleur acteur : une bel exploit, qui fait écho – logiquement – à une belle performance dans le film – un biopic ! – où il joue le rôle de John Davidson, affecté par le Syndrome de Tourette. On nous répondra que jouer les handicapés est normalement, dans le merveilleux monde du cinéma anglo-saxon, la meilleure manière d’être récompensé, mais son jeu dans Plus fort que moi est tellement subtil, contenu, qu’on ne saurait le taxer d’exhibitionnisme racoleur. Et puisqu’on est sur ce sujet, il faut aussi souligner la remarquable interprétation du jeune Scott Ellis Watson, qui est la version lycéenne de John, bouleversant quand les premiers effets de la maladie se font sentir et chamboulent son existence d’ado bien poli et gentil.

Car Plus fort que moi, respectant les règles implicites des biopics, prend le temps, en mode flashback, de revisiter chronologiquement toute la vie de John Davidson, depuis l’apparition de la maladie en 1983 (sur un Blue Monday de New Order qui tape juste) jusqu’à la reconnaissance de son travail pour aider ceux qui, comme lui, en souffrent. Aucune surprise donc, et c’est la limite du film du quasi inconnu et « ex-pubard » Kirk Jones, dans le déroulement de cette histoire qui ne va pas être un chemin de roses : si la Bande Annonce promet une sorte de comédie, basée sur l’incongruité des insultes proférées par John dans des moments les moins opportuns, on ne rira pas beaucoup durant les deux heures du film. On aura plutôt le cœur serré, et on écrasera occasionnellement une larme, non de pitié mais de compassion pour John, bien malmené par une société qui refusera longtemps de considérer « Tourette » comme une maladie réelle.

Mais, attention ! Nous ne sommes pas dans le tout venant du cinéma hollywoodien, où la sur-dramatisation et le mélodrame facile auraient noyé la vérité d’un beau personnage. Non, on reste, en dépit d’un certain lissage de l’image et du montage, dans la tradition du cinéma « social » à la britannique (ce genre brillant développé par la BBC à partir des années 60) : il s’agit de mélanger une peinture frontale de situations difficiles avec cette belle foi en l’humanité qui confère à la pire des chroniques un sentiment de « feelgood ». Car c’est grâce à son amie cancéreuse Dottie (Maxime Peake, simple et toujours juste) et son patron Tommy (Peter Mullan, qu’on est heureux de voir abandonner un temps les rôles de bad guys !) que John va trouver une raison de vivre, alors que sa famille l’a abandonné et que la société ne lui réserve que de la violence.

Il est intéressant de noter que John Davidson, qui a écrit ses mémoires (qui ont servi de base au film de Jones) avait été, à 16 ans, le sujet du documentaire télévisé particulièrement remarqué de la BBC, John’s Not Mad (1989), sur les manifestations de sa maladie (documentaire dont voit d’ailleurs des images durant le générique de fin, qu’il ne faut pas manquer…).

Difficile de ne pas terminer par notre habituelle critique du choix maladroit d’un titre français sans subtilité, bien éloigné de la jolie ambigüité du titre original, I Swear, soit « Je jure », jouant avec les deux sens du mot : « j’émets des jurons » et « je jure… que je ne le fais pas exprès ». Encore une belle occasion manquée de respecter un film qui le mérite !

[Critique écrite en 2026]

https://www.benzinemag.net/2026/04/03/plus-fort-que-moi-de-kirk-jones-je-jure/

Eric-Jubilado
8
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le 3 avr. 2026

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Eric-Jubilado

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