Le clip de Plus grandir est l’un des plus troublants et symboliquement riches des débuts de Mylène Farmer. Véritable conte gothique sur la fin de l’enfance et la peur de devenir adulte, le clip mélange innocence, sexualité, religion et mort dans une atmosphère profondément dérangeante mais fascinante. Dès les premières images dans le cimetière, avec cette Mylène Farmer vêtue de noir poussant un vieux landau devant une tombe portant son propre nom, le clip annonce déjà la disparition symbolique de l’enfance. Toute l’esthétique repose sur une ambiance de maison hantée et de cauchemar éveillé, avec des couloirs sombres, des objets religieux et cette poupée triste qui agit comme le reflet de l’âme de la jeune fille. La scène où Mylène découvre du sang sur ses lèvres est particulièrement forte symboliquement, évoquant à la fois la puberté, le passage à l’âge adulte et la perte de l’innocence. Toute la violence qu’elle dirige ensuite contre sa poupée traduit son refus de grandir et sa peur de ce corps qui change. Le clip devient encore plus dérangeant avec l’arrivée de cet homme dans la chambre pendant la nuit. Comme souvent dans l’univers de Mylène Farmer, le désir et le traumatisme se mélangent dans une scène volontairement ambiguë et malsaine. Le détail de la statuette de la Vierge qui détourne le regard est extrêmement fort visuellement, comme si même la religion refusait d’assister à cette bascule brutale vers le monde adulte. Les deux nonnes naines observant la scène sans intervenir ajoutent encore une dimension grotesque et inquiétante, presque surréaliste. Toute la partie où Mylène supplie à genoux de ne plus grandir possède une immense détresse émotionnelle. La poupée devient alors le symbole de l’enfance qu’elle refuse de voir mourir. Lorsqu’elle finit par la décapiter avec un hachoir, le geste marque définitivement la rupture avec son innocence passée. Mais le clip ne s’arrête pas à la douleur : dans la dernière partie, Mylène semble enfin accepter cette transformation. Elle danse, tournoie et paraît libérée, même si son visage vieillit brutalement sous nos yeux, rappelant que le temps et la mort restent inévitables. La conclusion au cimetière est magnifique, avec cette impression que toute l’histoire représentait l’enterrement symbolique de l’enfance et des illusions perdues. Le sourire final de la poupée apporte une dernière image étrange et mélancolique. En résumé, Plus grandir est un clip profondément sombre, poétique et psychanalytique, qui transforme le passage à l’âge adulte en véritable cauchemar gothique rempli de symboles religieux et émotionnels.