Sorti en 2009 et réalisé par Denis Villeneuve, Polytechnique est un film adapté de faits réels, une tuerie qui a réellement eu lieu en 1989, dans l'école Polytechnique (d'où le titre du film) de l'université de Montréal. Il s'agit d'un drame poignant et traumatisant filmé en noir & blanc, par respect pour les victimes et pour mettre à distance le spectateur (selon les propres termes du réalisateur). Dans Polytechnique, on va suivre la journée de deux étudiantes Valérie (Karine Vanasse) et Stéphanie (Évelyne Brochu) dans leur quotidien, un quotidien qui semble être parfaitement réglé. Elles s'entraident (Stéphanie aide Valérie à choisir sa tenue pour obtenir un stage) et révisent ensemble, mais voilà que leur routine quotidienne va être perturbée par l'arrivée d'un tueur (Maxim Gaudette) qui va faire un véritable carnage dans les locaux de l'université.
Le massacre de l'école Polytechnique est assez unique en son genre, puisque le tueur visait uniquement les femmes. C'est donc une tuerie à portée féminicide. Si on avait été dans les années 30, il aurait visé des juifs, dans les années 50 il aurait visé les noirs ... mais voilà, nous sommes dans les années 80 à l'orée des années 90 et la menace aux yeux du tueur, ce sont les femmes. On est face à un tueur asocial, antiprogressiste, antiféministe et disons-le carrément, complètement fou ! Il veut se faire justice en faisant le plus de victimes possibles, avant de se suicider. On va donc suivre l'histoire de ce tueur durant cette journée macabre, ainsi que celle des deux étudiantes Valérie et Stéphanie, mais aussi d'un autre étudiant nommé Jean-François (Sébastien Huberdeau) qui va lancer l'alerte et tenter de porter secours aux femmes blessées.
Cette tuerie est d'une violence extrême et difficile de ne pas penser à Elephant de Gus Van Sant durant le visionnage de Polytechnique. La grosse différence, c'est la motivation du tueur, mais le résultat est le même, avec pas moins de quatorze victimes femmes (et quatre suicides des suites du traumatisme de l'attentat). L'autre différence entre les deux films, c'est l'usage du noir & blanc par Denis Villeneuve pour réaliser son film. Je rajoute une dernière différence, c'est le froid dans le lequel nous plonge Polytechnique, puisqu'il y a la neige qui recouvre les rues ... le massacre en est d'autant plus glaçant. Denis Villeneuve décide également de faire un double focus sur Valérie et le tueur, se permettant de faire un parallèle entre leurs deux motivations.
Valérie, c'est donc une femme qui doit se battre dans la vie pour trouver sa place. Pour se faire, elle étudie les sciences et veut travailler dans l'aéronautique, un domaine très masculin. Lors d'un entretien, elle sera malmené par un homme, bien sûr un homme blanc et plus âgé qu'elle. Et comme le tueur, il a des idées rétrogrades, considérant qu'une femme n'est bonne qu'à fonder une famille. Mais à la différence du tueur, il n'est pas fou, c'est pourquoi elle obtient malgré tout le stage. Par contre, le tueur lui est complètement fou. Pour lui, si tout va mal dans sa vie, c'est à cause des femmes et c'est pourquoi il doit agir. L'analyse est grossière, mais le plus terrible c'est qu'il va passer à l'acte. Et face à lui, il ne va trouver aucun agent de sécurité, pas de police, aucune résistance. Il y a bien ce jeune homme Jean-François, manifestement un ami de Valérie, qui va essayer de jouer le héros, mais qui va échouer, parce que habité de doutes, parce que arrivé trop tard et parce qu'au final il ne peut rien face à un homme armé ...
Et le plus terrible dans tout ça, c'est qu'il ne va pas s'en remettre et se suicide après coup, ne supportant plus le poids de tout ça, d'avoir été là et de n'avoir rien pu faire.
Comme souvent avec Denis Villeneuve, avec Polytechnique il joue sur le temps. Le récit n'est pas linéaire, se permettant de revenir en arrière pour proposer une autre vision des événements, multipliant les points de vue. Il se permet même un flashforward en plein milieu de film. On a aussi ce contexte universitaire qu'on retrouve dans Enemy et Premier Contact, ainsi que cette violence qu'on retrouve dans Incendies, Prisoners et Sicario. Polytechnique, c'est donc du pur Denis Villeneuve, tout est déjà là !