On entre tout de suite dans le vif du sujet. Le forain Fabius abat froidement une femme dans la rue. Mais il y a maldone : ce n'est pas sa femme.
L'explication qu'il donne tout de suite après...à sa femme -pas atteinte et pas rancunière Arletty ! - est lunaire. Elle donne le ton de ce mélo maladroit et pas loin d'être grotesque. Même à interpréter cette histoire de cascadeurs et d'entrepreneuse de spectacles sous l'angle de l'allégorie du courage ou de la peur, même à considérer le personnage de Maria Montez et son exigence de courage comme métaphorique (de la virilité), le film est mauvais.
Les personnages sont faux dès le premier abord, les dialogues sont médiocres et, en conséquence, les acteurs sont mauvais. Ce qui est bien dommage quand on réunit un tel casting. Pour donner une dimension tragique à la parabole et à la destinée des personnages, il aurait déjà fallu un réalisateur à la hauteur. Au lieu de quoi, Bernard-Roland tourne un drame ampoulé d'où il ressort principalement que Pierre Brasseur est assez risible en cascadeur motorisé et casqué.
Jules Berry, dans un rôle épisodique et inutile, fait une tonitruante entrée...à la Jules Berry, façon bonimenteur ; Erich von Stroheim promène une démarche d'éclopé en plus de sa raideur et de son mystère habituels, Arletty joue les amoureuses sans la moindre conviction. Quant à Maria Montes, en femme fatale, ou plutôt mante religieuse, elle affiche tout de suite ses limites. Finalement, c'est Dalio qui s'en sort le mieux, en inventeur satisfait d'une cascade automobile très risquée...et d'ailleurs annoncée dans le générique !
On est contraint, du fait de l'insuffisance de la mise en scène, de la maladresse du scénario, de prendre cette histoire au premier degré. Et ce n'est vraiment pas à son avantage. Portrait d'un assassin? C'est bien présomptueux.