Sans doute l’un des films de catastrophe maritime les plus spectaculaires jamais produits par Hollywood. Vingt ans après sa sortie, Poséidon demeure une expérience visuelle impressionnante, et son échec au box-office reste difficile à comprendre tant le spectacle proposé est d’une efficacité redoutable.
La scène d’ouverture frappe d’emblée par son ampleur : le paquebot est magnifié par une mise en scène élégante, avant qu’une vague scélérate ne vienne le renverser avec une brutalité sidérante. Le basculement constitue un morceau d’anthologie, d’une virtuosité technique indéniable. Les effets visuels, toujours aussi massifs aujourd’hui, sont soutenus par une partition musicale efficace qui accentue la dimension épique de la catastrophe.
Après une exposition rapide — trop rapide, en réalité — le film s’engage dans une course contre la montre haletante. Une poignée de survivants tente de rejoindre la coque désormais inversée du navire. Le rythme ne faiblit jamais et le dernier quart d’heure, particulièrement tendu, surpasse même celui du film original de 1972 par son intensité continue.
Cependant, avec le recul, certaines limites apparaissent plus nettement. La caractérisation des personnages reste superficielle. Ce défaut s’explique en partie par les plus de trente minutes supprimées après les projections tests, afin d’accélérer encore le rythme. Ces coupes ont sans doute renforcé l’efficacité immédiate, mais elles ont aussi appauvri les trajectoires individuelles et les enjeux dramatiques. L’écriture du film, réputée difficile durant la production, privilégie clairement l’action pure au détriment de la profondeur émotionnelle. Les figures archétypales — le héros déterminé, l’enfant attachant mais parfois irritant, les seconds rôles sacrifiables — manquent d’épaisseur et d’évolution.
À cela s’ajoute un problème de vraisemblance. Plusieurs séquences défient les lois élémentaires de la physique et de la technique navale : résistance improbable des structures, explosions opportunes, personnages traversant flammes et inondations avec une endurance quasi surhumaine. Si l’on accepte le principe du grand spectacle, ces libertés peuvent se tolérer ; mais elles affaiblissent parfois la tension en rendant certaines situations peu crédibles.
Malgré ces réserves, le film demeure un divertissement spectaculaire, porté par une mise en scène énergique et une succession de séquences impressionnantes. En privilégiant l’adrénaline et l’immersion sensorielle, il assume pleinement sa vocation de blockbuster catastrophe. Les amateurs du genre y trouveront toujours leur compte : un pur film d’action maritime, intense et généreux, même si son ambition dramatique reste en deçà de son ambition visuelle.