Vu au Nippon Connection Festival de Francfort.
Postman blues est un des premiers films de SABU, acteur cantonné aux rôles secondaires reconverti en réalisateur. Ses films suivent une recette simple - mais efficace : sur fond d'histoire de gangsters, une suite de situations et quiproquos totalement absurdes entraîne un Monsieur-tout-le-monde dans un engrenage infernal qui ne le laissera pas indemne. Dans ce film, un simple postier blasé rencontre par hasard un ancien ami devenu yakuza (et qui vient de se couper l'auriculaire 20 secondes avant), et de là, il se fera suivre par la police qui imaginera des scénarios plus farfelus les uns que les autres. Il rencontrera une jeune fille en phase terminale (en volant et en lisant son courrier) et un tueur à gages, tout en échappant à la police sans même savoir qu'il est recherché.
Le résultat est un film bizarroïde, au ton léger mais à bien des égards déprimants. Les sketches, souvent sans queue ni tête, s'enchaînent (la course olympique en vélo, la compétition de tueurs à gages avec le Léon de Jean Reno en tête de gondole, l'aventure du doigt coupé) et le moindre détail peut être le prétexte à rire (le boss de la mafia qui se protège avec un journal...). Mais le scénario évoque, presque par mégarde, un pouvoir policier totalement hors de contrôle, quasi-totalitaire, enfermée dans une bulle de croyances qui n'acceptent aucune dénégation, et dont l'action sera inéluctablement tragique. C'est un peu tout ce que renferme la dernière scène, lorsque les trois cyclistes se dressent fiers sur les pédales, u haut potentiel comique et dramatique.