Poussière dans le Vent clôt l’autobiographie du scénariste Wu Nien-jen. Ce dernier et Hou Hsiao-hsien retranscrivent des souvenirs liés à la jeunesse, la ruralité, et à la fin de l’adolescence. C’est à dire à l’entrée dans la vie active pour faire face à l’érosion du temps. Dès l’ouverture le spectateur est initié au voyage vers la campagne grâce au train, omniprésent tout au long du film. Celui-ci rythmera les allers-retours entre la ville et le village et deviendra progressivement synonyme du temps.
Les deux jeunes adultes arrivent au terme de leur jeunesse et se voient contraints d’entrer dans la vie active. Cette transition vers l’âge adulte est marquée par l’usure des sentiments. Leur relation, qu’elle soit amoureuse ou amicale, se caractérise par une absence apparente d’affection ou de sensibilité. Hou Hsiao-hsien privilégie ainsi la retenue émotionnelle. La force des scènes réside alors dans les émotions contenues des acteurs ainsi que dans la sobriété de leur interprétation. C’est toutefois cette retenue qui causera la perte de cette relation. La fille tombera sous le charme de la première personne lui offrant un minimum d’attention.
Par ailleurs, la réalité des moments filmés est captée sans dramatisation excessive. Il condense le flux de la vie à travers des scène ordinaires. Cette réalité se traduit notamment par le hors champs, en particulier celui du monde ouvrier. Hou Hsiao-hsien filme souvent l’extérieur des lieux avant de montrer ce qui se déroule derrière les murs. Cette subtilité témoigne de sa sensibilité au monde physique et matériel. Les espaces de travail, les objets du quotidien, les bruits de l’arrière boutique, les déplacements du train sur les rails donnent au film une texture concrète qui renforce son ancrage dans la réalité sociale. Les relations entre les personnages se traduisent davantage par des habitudes quotidiennes ou des responsabilités professionnelles et familiales que par des paroles, bien que celles-ci aient totalement leur importance dans le récit.
Certains détails matériels témoignent discrètement de la modernisation progressive de la société taïwanaise. Par exemple le travail à la mine diffusé à travers une télévision SONY. Cette oeuvre semble plus moderne qu’elle n’y parait.