L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

L’Odyssée d’Homère, une oeuvre ayant traversée des millénaires et survécu à d’innombrables réinterprétations, se retrouve en 2026 perdue entre les mains de Christopher Nolan. Pourtant ce poème a tout pour correspondre et s’intégrer à son oeuvre. Un récit à l’ambition démesurée, centrée sur un homme, un voyageur qui cherche à retrouver les siens et son foyer tout en rassemblant les fragments de sa mémoire avant de prendre conscience de la destruction qu’il a orchestrée. Chacune de ces thématiques fait écho aux précédents films de Nolan. C’est précisément ce qui apparait dès le début. Cette longue introduction nous expose le contexte à travers un montage fragmenté, des dialogues explicatifs et une musique assourdissante. Bien que la tâche soit ardue tant il est complexe de résumer l’ensemble des évènements antérieurs, ces trois piliers concentrent à eux seuls les principales faiblesses du long-métrage. Finalement, critiquer l’Odyssée de Nolan revient à dresser le bilan de l’ensemble de sa filmographie tant tous les éléments qui la caractérisent sont présents ici, qui plus est dans des proportions démesurées.


Cette introduction empêche le film de réellement décoller et ressemble davantage à un défilé d’acteurs qu’à une véritable présentation des personnages et de leurs motivations.


On ne relancera pas ici le débat sur l’IMAX et sur son utilité qui sert plus à diviser et hiérarchiser le public qu’à proposer de belles images. Mais orienter toute la promotion autour de cette technologie pour finalement offrir au spectateur de telles images relève de l’escroquerie et d’un certain dédain pour son art.


Car le problème n’est pas de savoir dans quelles conditions le film a été vu. Quelles qu’elles soient, la mise en scène reste la même. Nolan nourrit des ambitions bien trop grandes au regard de son niveau de metteur en scène. En témoignent des séquences d’action beaucoup trop confuses. Qu’il le veuille ou non, il s’agit d’un exercice dans lequel il a toujours péché, et où il n’a jamais progressé. De sa trilogie Batman à Tenet, le cinéaste semble constamment dépassé et écrasé par le poids de ses propres idées sans jamais savoir où placer la caméra ni comment découper les scènes afin d’en intensifier leurs enjeux. Il use donc de ses artifices habituels à savoir des coupes inutiles et la musique pompeuse pour compenser les lacunes de sa réalisation.

La scène de combat entre Ulysse et les prétendants de Pénélope, censée constituer le climax, devient un chaos visuel. Le fait que les prétendants soient déjà si désincarnés n’aide en rien la séquence. Nolan aurait pu en faire un véritable affrontement digne de Masaki Kobayashi ou dans un registre plus proche du sien, de Tarantino avec Kill Bill. Mais il échoue. La caméra est en retard sur ce qu’elle filme, le montage est brouillon, la violence ne produit aucun effet car les coups ne sont pas montrés. Pattinson qui explique aux prétendants ce qu’ils doivent faire sans directement nous les montrer prendre les armes. Il existe des moyens plus pertinents de nous montrer sa lâcheté.


Ces dialogues traduisent les limites créatives du cinéaste, ne sachant pas comment filmer une idée, il préfère l’expliquer comme s’il craignait que le spectateur ne parvienne pas à suivre. Certains passages réussissent toutefois à se distinguer, notamment la rencontre entre Ulysse déguisé en mendiant et Pénélope. Les deux personnages sont séparés par un léger voile signifiant la fragilité de leur retrouvaille, tandis que leur échange évoque la difficulté du chemin parcouru et de la culpabilité d’Ulysse.

Le film manque toutefois de corps, car il passe davantage de temps à raconter son histoire qu’à la faire vivre. Il laisse ses personnages relater leurs péripéties sans réellement incarner : ni la dimension mythologique du récit, ni les figures. Celles-ci semblent trop souvent réduites à de simples fonctions narratives plutôt qu’à des être véritablement habités.


La séquence des Sirènes, bien qu’expédiée, ajoute la voix off d’Ulysse, détaillant son ressenti, en plus de la musique et de plans déjà filmés sous tous les angles. Dès qu’un élément précédemment introduit réapparaît dans le récit, Nolan ne manquera pas d’insérer un flash-back pour s’assurer que le spectateur ne l’ai pas oublié (l’artefact de Sinon, son chien mourant à la fin du film…). Les rares fois où Nolan met véritablement les mains dans le cambouis, notamment dans l’arc consacré à Circé, l’ensemble prend de l’ampleur. La transformation des hommes est dérangeante et presque organique, mais elle aurait encore pu être plus puissante si Circé n’expliquait pas elle même que les hommes sont tous des porcs en réduisant ainsi l’image suffisamment éloquente à une formule niaise.


Il existe des scènes réussites dans le film, à commencer par la rencontre entre Ulysse et les soldats morts revenus des Enfers. Ou encore l’énième flash-back consacré à la bataille de Troie mettant cette fois en avant la violence exercées par les soldats envers le peuple, et plus particulièrement les femmes.


Il serait inutile de développer chaque passage un à un car le constat qui en ressort demeure toujours le même. Nolan peine à incarner une narration trop épisodique. Le problème ne réside pas tant dans l’adaptation ni dans la réécriture très personnelle qu’il propose. Car il s’agit d’une adaptation moderne de l’Odyssée dans la reformulation des thématiques et leur confrontation sur les problématiques actuelles. La difficulté tient plutôt dans les éléments réécrits qui retirent de la richesse au matériau d’origine. Il échoue à donner corps au passage du temps et aux âmes en se complaisant dans une imagerie convenue et des symboles trop explicites


Nolan fait donc du Nolan. Ses détracteurs y retrouveront tout ce qu’ils lui reprochent, à l’inverse de ses admirateurs qui aduleront une nouvelle fois son génie.

Captaincha
3
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Créée

le 20 juil. 2026

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Captain Cha

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