Petit film indé passé quelque peu inaperçu à sa sortie, Powers (Sleight en VO, titre autrement plus judicieux) mérite amplement d'être redécouvert. Ne serait-ce que pour l'efficacité de son intrigue qui, si elle ne déborde pas d'originalité, a au moins le mérite de ne pas péter plus haut que son cul et de jouer parfaitement de sa montée en puissance et de ses ressorts narratifs, ainsi que du mystère qui entoure son protagoniste et sa capacité à accomplir de véritables prodiges.
Avec un savoir-faire indéniable dans l'art du suspense, le réalisateur et scénariste J.D. Dillard nous plonge à la suite de Bo (Jacob Latimore), un jeune homme au talent particulier, orphelin en charge de sa jeune soeur, jouant de jour les magiciens de rues et dealant la nuit, pour le compte d'Angelo (Dulé Hill), un trafiquant dont il va découvrir la cruauté. Enlisé dans des dettes qu'il ne peut payer, confronté à la violence d'un milieu qu'il ne soupçonnait pas, Bo va user de son dernier atout pour protéger ceux qui lui sont le plus chers.
Ponctué de quelques sursauts de violence inattendus, Sleight béneficie de ce qui manque à énormément de films de genre de nos jours : une identité. Humble derrière son objectif, jouant avec un budget que l'on devine restreint, J.D. Dillard ne s'en révèle pas moins talentueux et confère à ses images une atmosphère envoûtante, à la fois urbaine et nocturne, à la lisière du fantastique. Car, loin des grosses machines hollywoodiennes aux scripts interchangeables, le scénario écrit par Dillard nous propose une jolie variation sur le thème des "super-pouvoirs" tant à la mode.
À ceci s'ajoutent une distribution de qualité et un score aux accents electro séduisants dont le minimalisme ferait presque écho au Carpenter des grandes heures.
Aussi étonnant qu'attachant, Sleight n'est pas un lingot d'or certes, mais une petite pépite qui, comme tout bon tour de magie, trompe son monde et ne paie pas de mine.