Allez, je vais tenter d'être objectif pendant environ deux secondes. Ce n'est pas du grand cinéma, et à vrai dire on est plus proche du téléfilm.

Maintenant, place au ressenti le plus personnel. J'ai énormément ri pendant ce film, et parfois très bruyamment. Salle comble pour une avant première avec les Ecrans Mixtes, ça faisait vraiment plaisir de voir autant de gens pour ce genre de film. Le sujet est tout bonnement incroyable - je ne connaissais pas du tout cette histoire - et fait un bien fou dans le contexte actuel. Imaginer que le monde ouvrier le plus rural ait pu tisser des liens aussi fort avec une bande de gays et de lesbiennes ultra gauchos dans l'Angleterre thatcherienne est juste réjouissante. Pour le coup, aucune ambiguïté, le film propose un divertissement instructif tiré de ce faits réel, en mode ultra laudatif et pas vraiment subtil. Mais le programme est celui d'un film populaire par excellence, qui vante des vertus simples et qui se perdent un peu aujourd'hui : tolérance, solidarité, entraide, un peu d'hédonisme aussi.

Au début, j'avoue que ça faisait un peu peur : réalisation et montage brouillons, dignes de la pire série TV lambda. Peu de lisibilité, tout allait trop vite pour donner un semblant de rythme à des situations assez convenues, les acteurs étaient moyens, les dialogues passables. Ça démarrait comme un film gay parmi tant d'autres, avec un côté semi-amateur. Et c'est là que j'ai reconnu Dominic West. Méconnaissable, en gay punk diva destroy, l'acteur surprend toujours un peu plus. Arrivé a Pays de Galles, le casting s'étoffe considérablement : Imelda Staunton et Bill Nighy, rien que ça.


Règle : Bill Nighy = <3 à côté de la note.
Règle : Bill Nighy = note de 5/10 minimum sauf catastrophe totale.
Règle : Imelda Staunton = cf règles de Bill Nighy.

Donc vous imaginez les deux ensemble. Qui plus est, le film se réveille vraiment à partir de ce moment, les dialogues font mouche et deviennent vraiment hilarants, avec un sens de la répartie et de la punchline terrible. Ce n'est pas du grand dialogue profond et littéraire non, mais c'est une écriture comique populaire vraiment efficace. Donc ça vanne dans tous les sens, jouant sur les clichés et les différences sociales entre les personnages. La mamie est absolument géniale de bout en bout, et Dominic West a son morceau de bravoure qui semble tout droit sorti de Hair.

Bon, il reste des défauts inhérents à ce genre de production, l'écriture est prévisible, les rebondissements aussi. Le vilain mineur homophobe, l'agression, et tristement prévisible à cause du contexte social, le SIDA. La dernière partie du film est ainsi plus sombre, les luttes ne parviennent pas à leur but, des dissensions apparaissent, la maladie, vicieuse, décime les foules en silence. Classique, surtout pour un film gay, mais impossible à passer sous silence.

Donc non, ce n'est pas vraiment du cinéma, mais ça m'a fait du bien, ça m'a ému, et ça a ravivé un peu quelques flammes politiques qui semblaient bien en berne ces derniers temps. J'espère que l'histoire se répétera, dans le bon sens du terme.

Et sinon, n'allez surtout pas le voir si vous êtes allergique à la synthpop de l'époque : Soft Cell, Jimmy Sommerville, Bronski Beat, Communards, et même les inénarrables Dead or Alive. Ça chantait dans la salle, et j'étais pas le seul en cause.





Mini spoilers : vous croyez vraiment que j'allais saquer un film où Bill Nighy fait son C-O à Imelda Staunton en faisant des sandwiches ?

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le 12 sept. 2014

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Krokodebil

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