«Pride» n’est pas ce qu’on peut appeler un chef d’oeuvre du cinéma. La recherche artistique n’est pas vraiment au rendez-vous. Le jeu est bon mais sans éclat. Le contexte historique a déjà été vu. Et pourtant, ce film tient quelque chose. C’est un film touchant au possible, réaliste, nostalgique mais avec un humour efficace.

«Pride» c’est l’histoire d’une bande de gays et de lesbiennes qui décident en 1984 de soutenir les mineurs en grève contre les réformes de Thatcher. Ils considèrent que tout comme eux, ils luttent pour leurs droits et méritent leur aide. Forcément, le clivage entre les deux communautés pose problème, mais provoque également des moments très profonds, très sensibles et très amusants. Du Londres des eighties au fin fond de la campagne galloise, le spectateur suit les étapes de cette bataille politique et sociale qui a marqué l’histoire du Royaume-Uni.

J’ai particulièrement apprécié la force des personnages. Quoique caricaturés, ils parviennent à tout faire passer par des répliques imparables. La présence de Billy Nighy n’est pas sans ajouter à la qualité du film. Plusieurs scènes sont restées mémorables : la folle danse de Jonathan (Dominic West) sur «Shame shame shame» pendant la réunion des mineurs, la tournée des boîtes gays des femmes de mineurs à Londres, le premier baiser de Joe sur fond de message sur la tolérance, et j’en passe. Parfois, les mots manquent, mais l’émotion est présente.

Mais «Pride», c’est surtout la peinture de l’humanité, de la société, de la sociabilité. Voir les mineurs et leur culture (la salle commune et l’orchestre municipal qui défile dans la rue, ça on connait dans le bassin minier du Nord de la France), leur tempérament, renvoient à l’identité de toute une catégorie de population dans le monde. Les mineurs sont un groupe qui s’est construit autour d’une communauté de valeurs. L’arrivée des homosexuels dans ce cocon étoffé depuis plus d’un siècle bouleverse leurs habitudes et marque la première étape d’un changement radical de leur mode de vie. Ils doivent désormais faire face à la modernité et à ses désagréments. C’est la même chose pour les homosexuels qui ne se battront plus contre les flics mais contre le SIDA qui les touche de plein de fouet.

Alors oui, j’ai peut-être surnoté ce film, mais il m’a touché et pour cela il mérite ma complaisance.
Si vous aussi vous voulez passer un bon moment tout en ayant un brin d’intelligence, allez-y gaiement.
elfemere
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le 6 nov. 2014

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elfemere

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