Par son sujet et son esthétique, Primetime avance avec de gros sabots mais réussi à marcher finement.
Lance Oppenheim semble s'être demandé ce que capturer une entreprise de production d'images implique à l'écran. Sa réponse : filmer les images en question et les laisser imprégner son cadre. Ce choix à priori simple reste une prise de risque. Opter pour un cachet naturaliste aurait permis une mise à distance formelle du format télé-réalité, pointant du doigt son caractère factice. Un dispositif commode pour attaquer son sujet, drapé dans la hauteur du cinéma et la largeur de ses plans. Le réalisateur décide donc de mettre les mains dans le cambouis sensoriel ; en résulte deux intérêts.
Le premier est de documenter avec une certaine virtuosité une esthétique précise, celle de la fin des années 2000. Une explosion dans le paysage visuel de la petite caméra, à la résolution incertaine et à la porté limitée mais pouvant se faufiler partout et donc surtout dans l'intimité. L'industrie fit un don considérable à l'exhibition, au voyeurisme et à la surveillance. Oppenheim filme ses situations et personnages selon ces trois modèles. To Catch A Predator est donc montrée comme déterminée par ses moyens techniques. En tant que tel, le dispositif est insidieux et les volontés de divertir ou d’être d’utilité publique ne sont que des rationalisations à posteriori.
Le second intérêt est de raconter comment cette technicité vampirise également le rapport au monde des protagonistes et fini par les piéger eux même. Restant le plus fidèle possible aux type d'images produites par l'émission, le film ne prétend à aucun moment prendre de la hauteur. Il procède en plan serrés, proche des personnages. Ils apparaissent isolés, chacun vivant ses moments de gloire ou son désarroi sans accolades ou empathie. Le motif de l'intrusion revient régulièrement comme base d'un dialogue. Ce que le film montre reflète le désir des personnages : maîtriser le cadre. À ce titre, le drame de Chris Hansen est d'en disparaître alors que cette présence détermine son identité. Pour s'octroyer de la prestance, il se raconte en tant que concept télévisuel, un être hanté par un démon lui ayant valu un Emmy Award. Son rêve est que le concept "this is Chris Hansen" reçoive l'honneur de résonner sur un magnifique plateau, à l'instar du journaliste star d'ABC. Puis il perd tout contrôle lorsqu'on lui demande "mais qui es-tu?" et que la catch-phrase ne suffise pas à désamorcer la situation, attestant de sa faiblesse. Dan profite de cette dernière pour occuper le cadre plus longtemps et à sa manière ; il n’obtiendra aucun compliment pour avoir fait tourner la machine.
Ainsi, ce n'est pas seulement les prédateurs sexuels qui sont des faire valoir. Le film montre un continuum où chaque individu, qu'il soit présent de grès ou de force, finit par perdre sa substance dans l'anomie formelle du dispositif. Le film se conclue par la question "es-tu un acteur?" ; non, seulement une image. L’acteur principal, le prédateur, c’est la mise en scène elle même.