Chronique : Primetime s’inspire de To Catch a Predator, une émission de télé-réalité diffusée entre 2004 et 2007, dont le présentateur Chris Hansen confrontait face caméra des pédophiles piégés sur internet par son équipe de production.
Le film de Lance Oppenheim refléte ce que la Trash TV peut produire de plus malsain, racontant à l’écran une époque où ses pires excès n’étaient pas encore cadrés par un minimum de garde-fous.
Malheureusement, le scénario ne permet pas au réalisateur d’exprimer un réel point de vue sur le phénomène. Il le raconte presque factuellement, en se focalisant sur le personnage de Chris Hansen, mais sans questionner sociologiquement l’émission. Primetime n’essaie pas d’expliquer comment un tel programme a pu se retrouver à l’antenne d’un grand network américain. Qu’est-ce qui a pu conduire une chaîne à le diffuser, un présentateur à l’incarner et surtout des spectateurs à le regarder en masse ?
Ce n’est pas l’angle choisi par les auteurs, qui préfèrent se concentrer sur ses personnages principaux, en priorité le présentateur vedette, un homme ambitieux en mal de reconnaissance, à l’égo maltraité, prêt à tout pour réussir mais bourré d’insécurité, sa productrice en quête de crédibilité et un jeune wannabe comédien qui va jouer les appâts à pédophiles en espérant que ça lui ouvre les portes d’Hollywood.
Et ce faisant, Primetime manque peut-être son but.
En s’attardant sur le présentateur plutôt que sur l’émission elle-même, le film traite le symptôme plus que la maladie.
Certes, Hansen incarne la perversité et le voyeurisme sordide que véhiculait How to Catch… à l’époque, encouragé par une frénétique course à l’audience, mais le film passe à côté de ce que ça raconte des États-Unis du milieu des années 2000 et de l’essor de la téléréalité.
Primetime est avant tout le portrait d’un homme qui prétend être investi d’une mission d’intérêt public pour assouvir son ambition tout en rangeant sa boussole morale dans un tiroir, quitte à se substituer aux enquêteurs et à la justice. Tout en feignant de ne pas voir à quel point son show est problématique.
Mais le scénario traite finalement assez peu des enjeux éthiques autour de la « télévision poubelle ».
Le récit souffre aussi de quelques longueurs, directement liées au choix de se concentrer sur Hansen. Les intrigues liées à sa vie privée alourdissent inutilement l’histoire, d’autant plus qu’on n’apprend pas grand-chose de lui ni de son parcours.
La mise en scène est en revanche chiadée, faussement brouillonne, poussant au maximum l’analogie avec l’esthétique un peu métallique des années 2000 : une lumière bleue criarde, une image saturée et surexposée, des flashs, des grésillements et des larsens.
Non, le principal intérêt de Primetime, c’est Robert Pattinson. Dieu sait que je n’étais pas un grand fan de l’acteur lorsqu’il minaudait ou adoptait un regard vide lors de poses auteuristes, mais le virage radical dans sa filmographie depuis qu’il ne cherche plus à séduire (depuis Mickey 17, en gros) commence vraiment à me plaire. Sa performance survoltée, tout en tics, regards fiévreux et sourire carnassier, est magistrale, bien épaulée par la géniale Merritt Wever (découverte dans Nurse Jackie et vue dans Unbelievable et Severance).
Mais le film en lui-même nous laisse sur notre faim.