Le topo est connu: victime d'échecs commerciaux, Carpenter dut se contenter d'un budget réduit (mais pour lequel il avait les mains libres), que sa maîtrise changea en réussite totale !

Cumulard, Big John signe ici le scénario, la réalisation et la musique. Celle-ci, co-écrite avec Alan Howarth, est un personnage à part entière, omniprésent, qui appuie là où il faut. Comme la musique, les effets ne manquent pas d'impact: fous en liberté menés par un Alice Cooper vraiment inquiétant, meurtres aussi secs que brutaux, insectes grouillants, dégradation des corps, et bien sûr ce cylindre avec son liquide verdâtre tournoyant. Carpenter creuse le sillon de ses thèmes favoris: le huis-clos, la menace invisible, dévastatrice quand elle se matérialise, la paranoïa, le groupe peu à peu contaminé et décimé.

Dans ce film où la religion ose demander l'aide de la science, Donald Pleasence incarne à nouveau un spécialiste nommé Loomis en lutte contre le Mal absolu, comme dans "Halloween". Mais le prêtre est moins solide que le psychiatre: écrasé par ses responsabilités, terrifié par une menace face à laquelle il se sent de plus en plus impuissant, Loomis sent sa foi dangereusement vaciller, même s'il aura finalement le dernier mot, au moins momentanément. On retrouve aussi Dennis Dun, auquel Carpenter permet de montrer l'étendue de son jeu avec un rôle à rebours de celui des "Aventures de Jack Burton": le personnage de Walter, volontiers déconnant, allège à l'occasion une atmosphère oppressante, sans qu'il soit grotesque pour autant.

Il est troublant d'observer que le père Loomis, pour parler du Diable, emploie les mêmes mots que ceux habituellement utilisés pour Dieu, exprimant sa présence en toutes choses. Mais, si les religions considèrent le Diable comme un anti-Dieu, d'une puissance certaine mais inférieure à celle de Dieu, le Malin semble ici d'une puissance au moins égale à celle de son opposé, n'attendant pour se déchaîner que d'être libéré de l'exil où il est reclus – en l’occurrence, une masse liquide ténébreuse où l'on n'a guère envie de s'attarder...

Ce diamant noir d'angoisse se permet même d'intégrer une histoire d'amour ! Une vaine bluette ? Non, une passion contrariée qui va prendre, dans ce contexte, une tournure dramatique. On le comprend bien: la victoire finale, acquise de haute lutte, n'est que momentanée, le Mal patiente toujours à la porte, et le film se clôt sur une fin ouverte particulièrement vertigineuse et efficace.

Drustan
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le 9 déc. 2025

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Drustan

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