Le titre de l’article est emprunté aux dialogues du film : c’est une parole de mère que sa fille cite plusieurs fois.
L’article maintenant. Ne sachant rien du film et de son auteur avant de l’avoir vu, ayant lu d’autre part quelque chose comme « une belle histoire d’amitié entre deux prostituées », je craignais, moi qui suis très « craintif » de tout ce qu’on peut lire sur un produit culturel avant que d’y goûter, je craignais, vous disais-je, qu’il ne s’agisse en fait que d’un film grâce auquel on puisse aller aux putes sans y aller vraiment sous le prétexte louable, ou en tout cas non condamnable, de se laisser émouvoir par « une belle histoire d’amitié ».
Et bien, sachez que ma crainte s’est révélée totalement infondée : il s’agit bien d’une belle histoire d’amitié entre deux femmes qui se prostituent, chacune pour une raison sans rapport, si je puis dire, avec celle de l’autre.
Le film a le mérite pour moi de parler « cash » de son sujet tout en ne montrant rien de ce qui ne sert pas son propos : seules deux rapports sexuels sont filmés. Le premier est non tarifié. Quant au second, il présente un intérêt dramatique particulier.
Les deux actrices principales sont irréprochables avec une mention spéciale pour Candela Peña qui joue Caye, un prénom qui s’entend comme « calle » (la rue). Elle me rappelle ces actrices peu connues du cinéma d’Europe centrale des années soixante peu connues du cinéphile occidental moyen et qui, à la différence des égéries de la nouvelle vague ou des stars hollywoodiennes qui étaient leurs contemporaines, apparaissaient d’abord bien ternes avant de devenir de plus en plus attachantes au fil des scènes.
Morale : N’ayez pas peur d’un film de putes quand il a un grand cœur.
Et conclusion : les histoires de princesses n’intéressent pas seulement le personnage que joue Simone Signoret dans Rude Journée Pour La Reine de René Allio en 1973.