Chef-d'oeuvre épique et animiste, c'est par "Princesse Mononoké" et sa première sortie dans les salles françaises que je suis arrivé à Miyazaki , film pour lequel je garde donc un attachement particulier même si tout est superbe chez le Japonais (mais celui-là par exemple a coiffé "Chihiro", "Ponyo" ou "Porco Rosso" sur la 3e marche de mon podium du maître). On a évidemment tout dit sur Miyazaki et sur ce film, sa célébration de la nature face à la guerre et la violence des hommes mais dans un rapport tout sauf simpliste d'équilibre nécessaire entre préservation et progrès, son univers narratif d'une richesse ahurissante, sa fluidité visuelle, sa poésie brute, son lyrisme et ses personnages complexes voire ambivalents avec un accent tout particulier sur des héroïnes féminines résolues, indépendantes et intrépides, personnellement j'ai surtout envie d'en remettre une couche sur le score de Joe Hisaishi, l'un de ses plus beaux, dans cette veine au souffle à la fois mélancolique et grandiose qu'il a toujours cultivée chez Miyazaki, et sur cette dimension organique assez saisissante de l'attaque du dieu sanglier contaminé par une entité maléfique au début (ce mal qui prendra ensuite racine dans le bras du prince Ashitaka) et de la monstrueuse transformation du dieu cerf après sa décapitation à la fin : deux allégories d'une nature corrompue par l'humanité prenant la forme de véritables visions de cauchemar dignes d'Otomo ou plus tard de Satoshi Kon.