Ozu filme ici un Japon fracturé entre traditionalisme et avènement de la culture américaine dans l'après seconde guerre mondiale. Ici, on a un Japon qui évolue vite, le cul entre 2 chaises et c'est d'autant plus bluffant que le film sort 4 ans après la fin de la guerre le Japon étant encore en pleine occupation américaine.

Les Etats-Unis sont là sans être là, ils sont toujours sous-entendus par le soft power : publicité à l'américaine, avènement du base-ball en tant que sport national, mention de Gary Cooper etc...

Le Japon se détache énormément de ses traditions via cette occupation,à l'image de Noriko qui ne veut pas quitter son père et se marier comme le voudrait les traditions japonaises. Ces coutumes vont donc être et surtout devoir être privilégiées au détriment des réelles volontés et envies de nos personnages.


Assez intéressant de voir que ce nouveau Japon américanisé est souvent représenté par des enfants notamment le base-ball, que l'ancienne génération est représenté par le père et la tante de Noriko qui ont une grande attache aux traditions et du coup nous avons la génération de Noriko qui est complètement perdue entre ses 2 entités.


Intéressant de souligner aussi qu'Ozu va clairement exprimé de la tendresse envers cet ancien Japon qui va un jour cesser d'exister mais en ne faisant pas un film réactionnaire pour autant, il a conscience des limites de cette société japonaise "has-been" et que le Japon va se tourner vers autre chose. C'est avant tout d'une profonde mélancolie sans jamais idéaliser une époque passée.


Laissant énormément de place à ses acteurs, Ozu touche le spectateur dans ses non-dits, ses sourires, ses silences par lesquels on comprend tout, les acteurs sont criant d'humanisme et Ozu les magnifie grâce à ses magnifiques plans fixes. (C'EST UN PETIT PARAGRAPHE MAIS DE LOIN LE PLUS IMPORTANT DE TOUS, C'EST SURTOUT CA QUE J'AIME DANS CE FILM AU DELA DE L'ASPECT CULTUREL)


Une histoire simple mais ce film nous rappelle que c'est dans le quotidien qu'on est parfois le plus touché, rien de plus déchirant de voir le sourire de Noriko s'effacer au fur et à mesure du film.


J'ai qu'une envie c'est de voir plus de films d'Ozu (ceci étant mon 3ème).

Eykho
9
Écrit par

Créée

le 28 nov. 2025

Critique lue 3 fois

Eykho

Écrit par

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Printemps tardif

Printemps tardif

Printemps tardif

9

Chaiev

253 critiques

Les âmes vagues

Comme si à 45 ans et après plus de 30 longs-métrages il ressentait le besoin de faire le point entre son œuvre passée et celle à venir, Ozu fait soudain appel à son vieux compagnon le scénariste Kogo...

le 6 avr. 2017

Printemps tardif

Printemps tardif

8

limma

520 critiques

Critique de Printemps tardif par limma

On retrouve le Japon entre tradition et modernité et la dissolution de la cellule familiale, thème récurrent du réalisateur. Yasujirō Ozu reprend ses acteurs fétiches et la relation père-fille avec...

le 12 nov. 2018

Printemps tardif

Printemps tardif

8

abscondita

871 critiques

" N’attends pas le bonheur, construit-le toi-même"

Printemps tardif, c’est un régal pour l’œil comme sait si bien en offrir Ozu. Un écrin visuel pour raconter un drame qui n’a rien d’original dans l’œuvre du réalisateur : celui de Noriko, une jeune...

le 12 janv. 2024

Du même critique

Emmanuelle

Emmanuelle

7

Eykho

68 critiques

Lost In Transexion

Film vu en avant-première avec la présence de la réalisatrice Audrey Diwan.Je n’ai ni lu le livre ni vu le film de 1974 mais après l’immense film qu’est « L’Événement » j’avais hâte de découvrir la...

le 19 sept. 2024

Good Boy

Good Boy

4

Eykho

68 critiques

Patrick Bateman se prend un chien trop mignon

Parmi les films qui m’intriguaient le plus dans la sélection de Shadowz Halloween 2023, Good Boy était clairement en haut de la liste, grâce à un pitch qui sème forcément la curiosité : « Christian...

le 9 oct. 2023

La Reine de la Magie Noire

La Reine de la Magie Noire

8

Eykho

68 critiques

Je hais les scolopendres

Quelle dinguerie les amis.J’ai eu de bons échos donc j’ai regardé, et j’ai bien fait ! Quasiment tout est maitrisé (à part les effets spéciaux par moment mais c’est du chipotage vu que le budget doit...

le 5 juil. 2023