De Darren Aronofsky | Par Charlie Huston
Avec Austin Butler, Regina King, Zoë Kravitz
Plongée punk et frénétique dans le New York de la fin des années 90, Caught Stealing est traversé par une énergie à la fois jubilatoire et contradictoire, naviguant entre légèreté et ultra-violence. Darren Aronofsky y a en effet recours à des ruptures de ton fréquentes et parfois surprenantes. Certains passages très drôles et féroces peuvent être suivis de scènes d’une brutalité extrême. C’est opéré avec une très grande fluidité, grâce à des dialogues soignés et futés, un scénario toujours prenant, truffé de twists, un montage nerveux et des protagonistes toujours dans l’action. Mais ce qui singularise Caught Stealing et le différencie d’un polar lamda, c'est évidemment la mise en scène virtuose d'Aronofsky. Même avec un sujet plus léger que pour ces précédents films (c’est rien de le dire), le réalisateur de Requiem for a Dream et Black Swan fait preuve d’une élègante sophistication dans sa mise en scène, se gardant néanmoins d’être trop show off et restant au service de l'histoire et du rythme. Les plans changent de point de vue quand c’est nécessaire, les scènes d'action sont toujours lisibles et parfaitement éclairées, accompagnées d’une touche d’humour très 80’s, et révèlant un plot malin cherchant plus l’efficacité narrative que la profondeur sociologique, bien que ses personnages soient très bien écrits.
L’autre valeur ajoutée de Caught Stealing est son casting, qui semble s’amuser autant que son réalisateur. Austin Butler, acteur autant physique que cérébral, confirme un charisme dingue. Il me fait penser à une Scarlett Johansson au masculin, un physique, une voix, un regard et des intentions de jeu toujours justes. Autour de son Hank gravite une galerie de personnages marginaux et cocasses qui valent franchement le détour (Matt Smith en voisin-boulet, Liev Schrieber en et Vincent D’Onofiro en mafieux juifs orthodoxes ou Bad Bunny en gangster portoricain).
Caught Stealing s’apparente à une parenthèse assumée dans la filmographie d’Aronofsky, qui disait vouloir réaliser un film fun. C’est réussi. Entre thriller et comédie noire, il ne sonde pas la psychée tourmentée de ses personnages, une fois n’est pas coutume, mais il ne les épargne pas pour autant. Et il le fait avec beaucoup de style. Pour notre plus grand plaisir.