Peu connu jusqu'à maintenant pour un quelconque goût pour la comédie, Darren Aronofsky surprend en balançant de nombreux éclairs d'humour noir assez jouissifs dans ce divertissement qui, toutefois, porte du début à la fin la patte de son réalisateur.


Ben oui, si on rigole franchement de temps en temps, ce n'est pas pour autant qu'on est épargné, nous spectateurs, en nous faisant bien comprendre ce qu'est la douleur — qu'elle soit physique ou psychologique — à travers le protagoniste qui — Aronofsky oblige — porte en plus avec lui une généreuse quantité de traumatismes du passé.


Un être qui va être mêlé, bien malgré lui, — parce qu'au mauvais endroit, au mauvais moment — à des événements et des personnes extrêmement dangereux, qui va bien morfler comme cela ne devrait pas être permis (j'avais souvent mal pour lui durant la projection !). Excepté son immense talent pour le base-ball, notre héros est banal, bon gars pétri de défauts, incapable de se défendre physiquement (sauf à une reprise, sortant un peu de nulle part !)… bref, quelqu'un auquel on s'attache et on s'identifie facilement. Sans parler qu'il aime les félins de salon (le comédien chat, non content d'être trop mimi, se permet en outre d'être excellent ; je ne pensais pas que l'on pouvait réussir à obtenir une telle palette de jeu d'une de ces petites créatures capricieuses !).


Donc, dans un New York — encore poisseux, limite punk, mais plus pour très longtemps — de la fin des années 1990 bien oppressant, on suit le cauchemar éveillé d'un jeune mec à qui la moindre humiliation et la moindre violence ne vont pas être épargnées, le tout dans un monde dans lequel l'absurde règne en maître (c'est de là que vient l'humour de l'ensemble !), avec une galerie de personnages secondaires complètement barrés (le duo de Juifs vraiment peu orthodoxes est particulièrement mémorable !), incarnés par un casting qui a sérieusement de la gueule (Matt Smith, Regina King, Zoë Kravitz — qui a une alchimie parfaite avec Austin Butler —, Liev Schreiber, Vincent D'Onofrio, Griffin Dunne — la présence de ce dernier est sûrement un clin d'œil à After Hours de Martin Scorsese —, etc. !). Évidemment, sur un rythme et un découpage frénétiques, sans temps mort, on a un gros lot de rebondissements, de cadavres, de retournements de situation, de fusils de Tchekhov.


Pour moi, jusqu'ici, Austin Butler était soit un comédien de second rôle (Once Upon a Time… in Hollywood, The Bikeriders, Dune: Part Two, Eddington), soit un comédien qui se fond à ce point dans son rôle que le personnage finit presque par éclipser totalement celui qui le joue (on voit le King, pas Austin !) dans Elvis — je précise que c'est le plus grand compliment que l'on puisse faire à un interprète. Avec ce long-métrage, j'ai la preuve qu'il peut être aussi, par son charisme et son talent démentiels, une véritable tête d'affiche, capable de porter un film sur ses épaules. L'ensemble lui doit énormément. Et le duo qu'il forme avec le minou est d'enfer.


En définitive, Caught Stealing s’impose comme une œuvre aussi brutale que jubilatoire, qui parvient à concilier l’univers sombre et tourmenté du réalisateur avec un humour noir très présent. C’est un film qui bouscule sacrément tout en se montrant divertissant. Portée par un Austin Butler qui assure à fond, un chat qui lui volerait presque la vedette ainsi que par de brillants seconds rôles, cette œuvre, avec pour cadre la « Grosse Pomme », confirme qu’Aronofsky reste un cinéaste surprenant, capable de réinventer sans cesse son cinéma tout en y imprimant sa marque inimitable.

Plume231
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le 30 août 2025

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