Après deux excellents thrillers (LA ISLA MINIMA et L’HOMME AUX MILLE VISAGES), le cinéaste espagnol Alberto Rodriguez revient et s’attelle au genre du film de prison, avec ses conventions esthétiques et narratives, mais avec un point de vue intrigant. On suit en effet un jeune comptable mis en prison pour détournement de fonds et qui estime n’avoir rien à faire derrière les barreaux d’une cellule. Le parti pris du réalisateur de suivre un personnage charismatique mais antipathique, méprisant envers ses compagnons de cellule, de manière parfois subtile d’ailleurs, que seuls quelques détenus perçoivent, est une vraie réussite. J’avais des doutes sur Miguel Herran, éternel beau gosse lisse dans les séries espagnoles (ELITE, LA CASA DE PAPEL), mais je dois avouer qu’il m’a épaté. Du mépris à la peur viscérale en passant par la colère et la joie, l’acteur témoigne d’une grande palette de jeu qui va faire taire beaucoup de mauvaises langues. Il est accompagné de deux comédiens formidables de sobriété que sont Javier Gutierrez (en idéaliste politique) et Jesus Carroza (en vieil homme qui n’attend plus rien de la vie).


Avec un retournement de situation au milieu du film, le réalisateur réinvente ses personnages, fait grandir les enjeux et rend universel ce qui, au départ, était particulier et un peu égoïste. En effet, on suit le héros et ses codétenus dans leur tentative de survie dans un milieu carcéral très bien filmé, avec cette lumière du jour accablante et rassurante, ces longs travellings angoissants dans les couloirs ou ces scènes de foule pleines de souffle. En s’intéressant au sort réservé aux détenus en Espagne après la chute du franquisme et à la barbarie persistante des gardiens de prison qui ne peuvent plus violenter la population lambda, Rodriguez signe un beau rappel historique, intense dans sa mise en scène, ludique dans les scènes d’évasion et très douloureux dans les scènes de torture, sans concessions et parfois insoutenables. Un film carcéral de très bonne facture, qui ne réinvente rien mais est porté par son contexte, son propos et son héros tout sauf manichéen.

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le 8 juin 2023

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