Après quelques années consacrées à la télévision, Alberto Rodríguez, le réalisateur de La isla minima, revient au cinéma avec un genre qui semble usé jusqu'à la corde, le film carcéral. Et s'il est vrai que Modelo 77 use de certains stéréotypes dans le quotidien des locataires des cellules grises de prison et de leurs gardes, le scénario est rehaussé par le contexte historique, à savoir le temps de la transition démocratique, après la mort de Franco. Car si des changements radicaux interviennent dans la société espagnole, dans les prisons, c'est une gestion fidèle aux habitudes fascistes qui prévaut toujours. Avec l'aide de jeunes avocats, une association de prisonniers voit alors le jour, réclamant une amnistie. A partir de cette base avérée, le film se développe autour d'un comptable, incarcéré pour un vol et qui n'a jamais été jugé, et de sa prise de conscience que la lutte collective des détenus devient sa principale raison d'espoir. Remarquablement écrit, Modelo 77 alterne scènes violentes et moments d'accalmie, particulièrement impressionnant dans les scènes de groupe, tissant un suspense haletant jusqu'à un final inattendu, qui correspond pourtant à des événements survenus à l'époque. Miguel Herrán, charismatique, impose son intensité au sein d'un casting costaud où s'illustre notamment Javier Gutiérrez. C'est de la belle ouvrage, bien charpentée et dosée, qui sans renouveler totalement le genre, contribue à lui redonner ses lettres de noblesse après l'excellent Ariaferma.